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"A cause des perturbateurs endocriniens, mon fils est né avec un hypospadias"

Une mère tient son bébé dans les bras, le 17 septembre 2013 à l’hôpital de Lens (P. HUGUEN/AFP).

Cet article a été initialement publié le 10 avril 2017. Nous le republions dans le cadre d’une récente enquête réalisée par le magazine « 60 millions de consommateurs« .

Mon petit Léon est né il y a 3 ans pile, 21 mois après son frère Victor. Cette grossesse s’est passée très sereinement, pour le deuxième enfant, on est plus cool en général. Et je l’étais. Je me rappelle bien de cet accouchement. Et pour cause : il s’était en lui-même bien passé, mais le premier examen du pédiatre, moins.

J’étais allongée sur mon lit d’hôpital pendant que le pédiatre effectuait les traditionnels tests (Score d’Apgar, marche automatique, grasping). Tout à coup, je le vois qui s’attarde sur une partie de l’anatomie de mon fils avec sa petite lumière. Quelques instants plus tard, il s’approche de nous et nous informe que notre fils a un hypospadias, une malformation du pénis au niveau de l’ouverture de l’urètre qui ne se trouve pas à l’extrémité du pénis. Il nous dit que ce n’est pas grave, que c’est une forme très modérée et qu’il faudra l’opérer plus tard.

Une forme légère d’hypospadias

Encore un peu dans les vapes, je ne réalise pas vraiment. Mon mari me dira après coup qu’il a failli défaillir à l’annonce du pédiatre. Le lendemain, quand je lui donne son premier bain je regarde, la malformation. Le fait que le petit trou ne soit pas au bon endroit ne me choque pas, en revanche je remarque que son prépuce est incomplet.

À la maternité, ça défile, les pédiatres, les puéricultrices… on m’explique que cette anomalie congénitale est assez fréquente, vers l’âge de 1 an on pourra opérer mon fils pour remettre l’orifice au bon endroit, et reconstruire ou enlever son prépuce. On me dit aussi que c’est une forme très légère d’hypospadias, que certains bébés ont parfois l’orifice de l’urètre au niveau de la racine des bourses. Donc dans ma malchance, j’ai de la chance.

Je comprends que mon fils ne pourra pas être circoncis religieusement à ses huit jours comme le veut ma religion. J’accuse le coup. Je ne suis pas pratiquante mais cet acte est fondamental dans le judaïsme. Il signifie « l’alliance avec Dieu », je l’ai fait avec mon aîné. La circoncision est faite au cours d’une cérémonie où toute la famille est conviée. Je dois donc annoncer à mes proches que mon fils a un problème de santé qui l’empêche d’être circoncis, je m’en serais bien passé.

Le chirurgiens évoque des causes environnementales

Les premiers mois passent et j’avoue ne pas avoir beaucoup prêté attention à ce petit problème, même si la perspective que mon bébé de 1 an subisse une opération sous anesthésie générale m’angoissait. Mon fils ne semble pas gêné par ce problème. Je me fait juste régulièrement arroser pendant le change parce qu’il fait « pipi » de travers. Je le nettoie bien et chaque fois, je me dis un peu honteusement que son pénis n’est vraiment pas beau. Je n’hésite pas une seconde pour l’opération, esthétiquement, mais aussi mécaniquement mon fils doit avoir l’urètre bien placé. Hormis ça, Léon se développe très bien, grandit vite, rit aux éclats. C’est un bébé en pleine santé. 

Nous prenons rendez-vous avec un chirurgien spécialisé dans un quartier cossu du 7ème arrondissement de Paris. Léon sera opéré après son premier anniversaire. C’est une opération bénigne, réalisé en ambulatoire. Bref, il n’y a pas de raisons que ça se passe mal. Au cours de cette consultation, le médecin nous dit qu’il observe de plus en plus d’hypospadias et de malformations des petites lèvres chez les petites filles. Il nous parle de causes environnementales très rapidement. 

Sur le moment je ne réagis pas. Et puis un jour je me décide à creuser. Je précise que cette malformation n’est présente chez aucun autre membre de la famille. Je découvre alors que les anomalies de la sphère génitale sont de plus en plus fréquentes et qu’elles ont un lien avec l’environnement.

Travailler ou être quotidiennement exposé à certains perturbateurs endocriniens (PE) augmente significativement le risque de mettre au monde des garçons présentant un hypospadias.

L’opération se passe très bien

Je deviens folle, je ne suis pas agricultrice, ni coiffeuse, emplois considérés comme plus à risque. Non, je suis une « bobo parisienne », qui fait ses courses au marché bio du coin, qui fait gaffe à ses cosmétiques. Les cordonniers sont les plus mal chaussés, c’est un peu comme ces leaders écologistes dont les cheveux contenaient un cocktail explosif de perturbateurs endocriniens. Je culpabilise. Je repense à ces gâteaux remplis de cochonneries dont j’ai abusés les derniers mois, à cette bb cream finalement pas totalement safe, à ces produits d’entretien suspects.

L’opération de Léon se passe très bien. Les suites opératoires ne sont pas du tout douloureuses, il cicatrise vite et bien. Je suis impressionnée, je me rappelle que mon fils aîné avait beaucoup plus « souffert » après sa circoncision. Lors de la visite post-opératoire, j’essaie de relancer le sujet sur les causes de l’hypospadias, mais je n’ai pas de retour du médecin.

Visiblement il est passé à autre chose. Mon petit garçon a 3 ans et franchement je ne vois aucune trace de l’opération, il va très bien, il est en pleine forme. Heureusement qu’il a pu être opéré, car sinon j’imagine le retentissement psychologique potentiel engendré par cette malformation. Sans parler de sa future sexualité. 

Je suis sidérée par l’insouciance de mes amies

Aujourd’hui, j’ai renforcé ma vigilance, même si j’essaie de ne pas tomber dans la psychose. Autour de moi, mes amies jeunes mamans ou enceintes pourtant CSP++ ne sont pas du tout sensibilisées et quand je leur parle de pesticides, elles me regardent ahuries. Elles me disent des phrases toutes faites « on va pas arrêter de vivre », « des merdes y en a partout »…

Celles enceintes me rétorquent que leur gynéco ne leur a pas dit d’arrêter de se mettre du vernis ou de boire du Coca Light. Elles continuent d’utiliser des lingettes pour nettoyer les fesses de leur bébé. « Il y en avait bien à la maternité », me dit l’une d’entre elles. Je suis atterrée. Pourtant j’ai l’impression qu’on ne parle que de ça. Déformation professionnelle, je suis journaliste, dans la presse parentale, je suis en veille permanente. 

Naïvement, je ne comprends toujours pas pourquoi ces substances toxiques ne sont pas définitivement supprimées alors que les preuves s’accumulent. Certains perturbateurs endocriniens produisent des effets qui se transmettent de génération en génération, d’autres sont néfastes même à des taux faibles. Et surtout ils s’additionnent entre eux pour des effets qu’on ne peut que redouter. Je scrute les étiquettes et essaie de repérer les perturbateurs endocriniens à éviter.  

Je me dis que c’est toujours ça que je rends comme service à mes fils. Et parfois je regarde leurs longues mèches blondes et je me demande ce qu’elles contiendraient si je devais les analyser.

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