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Comment réviser pour le bac de philo en regardant "The Walking Dead"

BAC DE PHILO – L’épreuve phare du baccalauréat vous effraie peut-être autant que la batte de baseball de Negan ou que les zombies qui menacent Rick et sa bande. Et bien soyez rassurés: ces frayeurs télévisuelles peuvent vous aider à réussir votre examen de philosophie, qui a lieu le jeudi 15 juin de 8h à 12h.

Si, à une dizaine de jours de cet examen tant redouté, vous n’êtes pas encore parés à dégainer tous les auteurs et concepts étudiés au cours de votre année de terminale, sachez que vous pouvez réviser un peu en vous replongeant dans l’une de vos séries préférées: « The Walking Dead« , dont la septième saison s’est achevée il y a quelques semaines. C’est bien pour cette raison que cette matière est passionnante: elle ne s’impose aucune limite et tous les sujets sont des objets de réflexion pour elle, même (et surtout!) vos hobbies favoris.

On a sélectionné parmi quatre des cinq grands thèmes du programme de philosophie de terminale (le sujet, la raison et le réel, la politique, la morale), des concepts qui peuvent être éclairés par « The Walking Dead ».

LE SUJET – Le désir

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Que désirez-vous en ce moment précis? Piquer un somme au lieu de réviser vos cours de philo? C’est peut-être que vous êtes fatigué. En philosophie, le désir est bien souvent conçu comme l’expression d’un manque. C’est notamment le cas chez Platon, pour qui « on ne désire que ce dont on manque ». En ce sens, le désir est plutôt de l’ordre du besoin.

Mais depuis les philosophes grecs, les choses ont bien évolué. Sans retracer toute l’histoire de la philosophie, arrêtons-nous un instant sur le concept de désir chez le philosophe hollandais Spinoza. Chez lui, le désir n’a rien à voir avec le manque: « On ne désire pas une chose parce qu’elle est bonne, c’est parce que nous la désirons que nous la trouvons bonne », écrivait-il dans son livre l’Ethique. Pour lui, si l’homme désire, ce n’est pas tant parce qu’il manque de quelque chose, mais bien parce qu’il est vivant, et en tant que tel, il désire.

Peut-on en dire autant dans « The Walking Dead »? Si les personnages principaux sont bel et bien vivants (enfin… peut-être pas tous), difficile d’imaginer que leurs désirs correspondent à la définition qu’en fait Spinoza. Dans ce monde apocalyptique où la survie prime avant tout, les désirs s’apparentent bien plus à des besoins. Rick et ses amis désirent avant tout: trouver un endroit où dormir en sécurité, se nourrir, avoir suffisamment d’armes pour survivre à une potentielle attaque. On est, en ce sens, bien plus proche de la conception platonicienne du désir.

Évidemment, tout n’est pas si simple. Les fans de la série savent que chez certains personnages, un désir est très fort et n’a que peu à voir avec la notion de manque… celui du pouvoir.

LA RAISON ET LE RÉEL – La matière et l’esprit

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Croyez-le ou non mais, en philosophie, le zombie est un véritable sujet! Évidemment, le zombie philosophiquee est un tant soit peu différent de celui qui peuple les moindres recoins du monde apocalyptique de la série.

Mais avant tout, revenons à votre programme de terminale. Votre prof de philo a dû vous en parler toute l’année, de la théorie de Descartes, sur l’âme et le corps. Pour lui, ce sont deux substances indépendantes l’une de l’autre. Mais alors, comment expliquer, par exemple, que lorsque j’ai une migraine, je n’arrive plus à réfléchir? C’est toute la difficulté de la conception cartésienne, car ces deux substances sont hétérogènes, ne devraient pas communiquer. Pourtant, leur connexion est très étroite: « l’âme n’est pas comme un pilote en son navire », écrivait-il.

Descartes est loin d’être le seul philosophe à avoir défendu le dualisme. Platon, notamment, opposait aussi l’âme au corps. Aujourd’hui, les théories du corps et de l’esprit ont bien évolué. Pour bien des penseurs contemporains, le dualisme des substances n’a plus de raison d’être, et corps et esprit ne font plus qu’un. Les physicalistes, entre autres, affirment que tout peut être réduit aux énoncés de la physique.

Mais régulièrement, l’argument du zombie philosophie refait surface pour montrer que tout ne peut pas être réduit à la physique et que Descartes n’avait peut-être pas si tort que ça…

En philosophie, un zombie est un être qu’on ne peut pas distinguer d’une personne consciente. Il agit exactement de la même manière qu’un être humain, parle, mange, dort, rigole. Ses comportements et émotions sont en tous points semblables aux nôtres. La seule différence entre le zombie et nous, c’est qu’en fait… ils ne ressentent rien. Il leur manque la conscience que les êtres humains possèdent à chaque instant où ils expérimentent quelque chose.

« C’est ce qu’on appelle en philosophie de l’esprit les qualia : les aspects sensoriels et qualitatifs de nos états conscients tels que la sensation de douleur, la perception du jaune vif dans une peinture, explique à Philosophie Magazine Jaegwon Kim, l’un des principaux représentants de la philosophie analytique aux Etats-Unis.

« Pourquoi la sensation de douleur n’est-elle pas la même que celle d’une démangeaison? Seule votre expérience personnelle peut le dire. Si nous n’avions pas ces qualia, nous ne serions pas affectés sensiblement par les choses que nous percevons, le monde serait ‘neutre’ et nous le percevrions tous de la même manière. Certains philosophes nous demandent d’envisager la possibilité qu’il existe des ‘zombies’ qui seraient biologiquement et comportementalement identiques à nous, sauf qu’il leur manquerait les qualia. Ils réagiraient à des déchirements musculaires mais ne feraient pas l’expérience de la douleur. » Si de tels zombies existent, la distinction entre l’âme et le corps de Descartes a encore de beaux jours devant elle.

LA POLITIQUE – La société et l’État

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Qu’est-ce qu’un Etat? Des individus peuvent-ils vivre en paix sans Etat? D’où vient la légitimité de celui-ci? Autant de questions que vous avez pu vous poser lors de vos cours de philosophique politique. Les philosophes se sont souvent amusés à imaginer comment était la vie avant que les hommes vivent dans des Etats. Ils ont alors inventé le concept d’état de nature. Ce n’est qu’au passage à l’Etat de droit, symbolisé par le contrat social, que des lois sont instaurées. Les tout nouveaux citoyens peuvent alors vivre en paix, protégés par leur tout nouvel Etat.

Selon les philosophes, l’état de nature qui précédait le contrat social et la formation de l’Etat est plus ou moins « bon » pour l’homme. Pour Rousseau par exemple, l’homme est bon par nature et c’est la société qui le corrompt (même si l’Etat en fait un être moral). Mais pour Hobbes, l’auteur du Léviathan, « l’homme est un loup pour l’homme ». Chacun lutte pour sa propre survie, par là-même tout le monde est potentiellement en danger. Seul un Etat coercitif (le Léviathan), à qui la souveraineté est transférée lors du contrat social, peut mettre un terme à ces conflits individuels au profit du bien de tous.

« The Walking Dead » n’est-elle pas la parfaite illustration de ce à quoi ressemblerait un monde dépourvu de son Léviathan? D’une certaine manière, on peut penser que oui. Plus d’Etat, plus de lois, Rick et sa bande sont-ils revenus à un état de nature, cette fois pas fictif comme celui des philosophes mais bien réel?

On voit néanmoins très vite que ce n’est pas exactement le cas. D’une part, parce que, face aux zombies, les hommes sont plutôt tous contre les zombies que chacun l’un contre l’autre. Mais très vite, on se rend surtout compte que le véritable ennemi, ce n’est pas le zombie mais bel et bien l’autre homme. Et c’est ainsi que, mine de rien, chaque groupe de personnes perpétue en son sein une sorte de contrat social. Chaque groupe a son leader et ses propres règles. Même en plein chaos, tout n’est pas chaotique.

LA MORALE – Le devoir

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Si « The Walking Dead » pose beaucoup de questions, celle du devoir moral en fait certainement partie. Qu’est-ce que le devoir? Quelle action est la plus morale? De nombreux philosophes se sont échinés à répondre à ces questions. Parmi eux, Emmanuel Kant.

Le philosophe allemand est déontologiste, c’est-à-dire que c’est l’intention d’une action qui compte, quelles que soient les conséquences de celles-ci (même si elles sont désastreuses). « Pour un partisan du déontologisme donc, certaines actions sont moralement interdites, quelles que soient leurs conséquences », écrit Marianne Chaillan, enseignante en philosophie, auteure du livre Game of Thrones, une métaphysiques des meurtres.

Prenons un exemple. A la fin de la sixième saison, Rick et compagnie décident d’aller se battre contre une bande de Sauveurs dans l’une de leurs bases, après avoir découvert un peu plus tôt que l’un des membres de La Colline était pris en otage chez eux. C’est à ce moment-là que Rick réalise aussi à quel point les Sauveurs sont une menace de taille dans son projet de vie paisible à Alexandria. Après avoir élaboré un plan, ils exécutent dans leur sommeil de nombreux Sauveurs dans leur base. Même Glenn tue un humain pour la première fois.

Que penser de cette action? Tuer des hommes endormis, probablement innocents, par hypothèse que ceux-ci représentent une menace pour un plus grand nombre d’hommes? Sur ce point, Kant, avec son déontologisme, serait clair: il ne s’agit en aucun cas d’une action morale. Dans cette morale, c’est l’intention d’une action qui compte, quelles que soient les conséquences de celles-ci (même si elles sont désastreuses). « Pour un partisan du déontologisme donc, certaines actions sont moralement interdites, quelles que soient leurs conséquences », écrit Marianne Chaillan. Impossible, pour Kant, d’approuver le meurtre d’un ou plusieurs hommes dans leur sommeil, même si les raisons de ce meurtre peuvent être sensés.

Mais d’autres, comme Jeremy Bentham, ne seraient pas d’accord. Contemporain de Kant, il se distingue énormément de celui-ci en proposant une morale conséquentialiste. De ce point de vue, une action est jugée morale si ses conséquences sont bonnes, peu importe l’intention. La maxime de Jeremy Bentham est la suivante: « Agis toujours de telle sorte qu’il en résulte la plus grande quantité de bonheur pour le plus grand nombre. » « Le conséquentialisme utilitariste commande que toute action soit approuvée ou désapprouvée en fonction de sa tendance à augmenter ou réduire le bonheur du plus grand nombre », explique Marianne Chaillan.

Dès lors, de ce point de vue, l’action de Rick, aussi meurtrière soit-elle, est morale. En éliminant les Sauveurs, il permet à tous les autres groupes de survivants, La Colline ou Alexandria, de vivre en paix, sans devoir travailler pour les Sauveurs ni sous leur menace permanente.

Enfin, vous connaissez la suite. Mais ça, vous n’êtes pas obligé de l’écrire dans votre copie.

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