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Cyclisme : pourquoi l’UCI s’est épargné un conflit avec Peter Sagan

Le nouveau président de l’UCI David Lappartient salue Peter Sagan, le 24 septembre 2017, lors des championnats du monde que le Slovaque s’apprête à remporter une troisième fois.

C’est une affaire que beaucoup avaient oubliée, sauf Peter Sagan et l’Union cycliste internationale (UCI) : l’appel devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) de la mise hors course de Sagan après la 4e étape du Tour de France 2017, pour son rôle dans la violente chute de Mark Cavendish.

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Le TAS devait juger mardi 5 décembre l’affaire opposant Peter Sagan et son équipe Bora-Hansgrohe à l’Union cycliste internationale.

Au lieu d’un communiqué du Tribunal arbitral du sport, c’est une note de l’UCI que les rédactions ont reçue mardi : « L’UCI et Peter Sagan satisfaits de mettre fin à leur différend. »

Selon le communiqué, tout le monde a œuvré pour le bien du cyclisme en enterrant la hache de guerre. Le Slovaque, triple champion du monde en titre, souhaitait simplement que son innocence soit reconnue, ce que fait l’UCI en jugeant l’incident « non intentionnel ». La fédération internationale, elle, en tire les leçons en annonçant la création d’un « commissaire de soutien », qui sera au cyclisme ce que l’arbitre vidéo est au football.

Arbitrage vidéo

Selon David Lappartient, président de l’UCI, interrogé par Le Monde, l’affaire a montré que les commissaires étaient insuffisamment armés pour prendre leurs décisions. A partir de la saison 2018, sur chaque course du World Tour (le niveau de compétition le plus élevé), un membre du collège des commissaires sera installé près de la ligne d’arrivée, où il aura accès à toutes les images du diffuseur.

Actuellement, les commissaires sont placés sur des motos ou dans des voitures qui se baladent aux différents endroits de la course pour sanctionner les comportements incorrects. « Le téléspectateur en voit plus que les commissaires ! Ce commissaire de soutien pourra alerter ses collègues sur la course en temps réel », précise David Lappartient.

Le commissaire du jury pourra décider d’une mise hors course pendant l’étape, dans le cas, par exemple, où des coureurs s’accrocheraient sans raison à la voiture de leur directeur sportif. La fédération internationale de cyclisme aura donc adopté l’arbitrage vidéo avant la FIFA. Ce qui, comme le constate le football ces derniers mois, ne garantit en aucun cas la fin des polémiques arbitrales.

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« Pas de deal financier »

L’accord entre l’UCI et Peter Sagan n’a toutefois pas séduit tout le monde. Le manageur de l’équipe de Mark Cavendish, Douglas Ryder, s’étonne de « ne pas avoir été convié pour apporter [ses] éléments à l’enquête » sur l’incident de course. Et la presse spécialisée s’interroge sur un possible accord financier entre les deux parties. L’équipe Bora-Hansgrohe, à ce sujet, ne fait pas de commentaire.

« Il n’y a pas de deal financier avec Sagan. Il n’y a pas d’indemnité », insiste David Lappartient. qui reconnaît toutefois que l’affaire aurait pu coûter cher à l’UCI, non sur le fond mais sur la forme.

« Il pouvait y avoir un risque. Pas sur la mise hors course, qui est une décision d’arbitre, et là-dessus les juridictions sont constantes. Mais on l’a fait sans avoir entendu Sagan, et on aurait peut-être dû le faire. »

Ce soir-là, à Vittel, l’équipe Dimension Data, de Mark Cavendish, et les directeurs sportifs de Peter Sagan chez Bora-Hansgrohe avaient donné leur version de la chute aux commissaires de l’UCI. Après avoir réanalysé les images, le président du jury, Philippe Mariën, avait annoncé la mise hors course du champion du monde et coureur le plus populaire du moment, provoquant la stupéfaction des organisateurs du Tour de France et des journalistes.

Le lendemain matin, Peter Sagan s’était plaint de n’avoir pu s’expliquer personnellement sur son attitude. Mark Cavendish, lui, avait à la fois salué le « courage » du jury et reconnu qu’il n’y avait pas de faute intentionnelle.

« Le champion du monde est notre ambassadeur »

Il est rarissime que des coureurs soient entendus par le jury des commissaires : au moment où ceux-ci prennent leurs décisions, les acteurs sont plutôt avec la presse ou dans leur bus en train de récupérer de leurs efforts. Mais David Lappartient estime que lorsqu’une sanction est aussi lourde, « cela pourrait nécessiter une rencontre ».

Le TAS, dit le dirigeant français, aurait pu sanctionner la fédération, et Peter Sagan faire « un recours indemnitaire », qui aurait pu, compte tenu des revenus salariaux et publicitaires du Slovaque, faire grimacer le directeur financier de l’UCI.

David Lappartient explique avoir lui-même contacté l’équipe Bora-Hansgrohe afin qu’elle mette fin à son recours devant le TAS, « car le champion du monde est en quelque sorte notre ambassadeur. Comment peut-on imaginer que, quelles que soient les raisons, cet ambassadeur et la fédération soient en conflit devant le TAS ? »

L’attitude de l’UCI dans cette affaire pose toutefois question : si elle a transigé avec Peter Sagan sans lui verser d’argent, ne s’est-elle pas mise en position de devoir lui renvoyer l’ascenseur un jour ou l’autre ?

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