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En Tunisie, le pouvoir cherche à reprendre la main face à la grogne sociale

Dimanche 14 janvier, la Tunisie marquera le 7e anniversaire de la chute de la dictature de Ben Ali.
Dimanche 14 janvier, la Tunisie marquera le 7e anniversaire de la chute de la dictature de Ben Ali.
Crédits : YASSINE GAIDI / AGENCE ANATOLIE

L’exécutif tunisien s’efforçait de reprendre la main, samedi 13 janvier, à la veille du 7e anniversaire de la chute de la dictature de Ben Ali, qui offrira l’occasion aux animateurs du mouvement social contre la vie chère de redescendre dans la rue. Depuis le 8 janvier, la Tunisie est en proie à une vigoureuse agitation ciblant l’augmentation du coût de la vie, conséquence d’une loi de finances ayant programmé une hausse de la fiscalité indirecte afin d’enrayer la dérive des déficits publics.

En fin de semaine, la violence qui avait émaillé certains attroupements nocturnes, à Tunis comme dans certaines localités de l’arrière-pays, a connu un net reflux. Mais la pression de la rue continuera néanmoins de se faire sentir, comme devraient l’illustrer dimanche les rassemblements auxquels se joindra l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), qui était jusqu’à présent resté en marge du mouvement.

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Réunion à Carthage

Samedi, le président de la République, Béji Caïd Essebsi, a réuni à Carthage, banlieue située au nord de Tunis, les partenaires (partis politiques, syndicats…) de l’« accord de Carthage ». Ce document, signé sous son égide à l’été 2016, avait pour but d’élargir le consensus autour de l’action gouvernementale. La grande question est de savoir si le gouvernement de Youssef Chahed verra sa marge de manœuvre redéfinie au sein de ce dispositif dirigeant.

La relation entre M. Chahed et M. Essebsi est en effet malaisée, tout comme est conflictuel son lien avec Nidaa Tounès, le parti dominant la coalition gouvernementale dirigée par Hafedh Caïd Essebsi, le propre fils du chef de l’Etat. Selon plusieurs observateurs, Nidaa Tounès pourrait tenter de profiter de l’occasion pour chercher à mettre sous tutelle M. Chahed, ce dernier étant parvenu jusqu’à présent à conserver son autonomie d’action par rapport à ce parti dont il est issu.

Le président de la République, qui est cœur du jeu politique tunisien, va donc essayer de remettre en ordre de bataille son camp – il est le fondateur de Nidaa Tounès – tout en conservant une relation de travail fonctionnelle avec les autres partis membres de la coalition gouvernementale, au premier rang desquels le parti islamiste Ennahda.

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Un « socle de protection social » à l’étude

Parallèlement, il lui faudra annoncer des mesures propres à apaiser la grogne sociale. Selon certaines sources, un relèvement du salaire minimal ou des pensions des retraités les plus vulnérables pourrait être décidé. « Il faut travailler sur un socle de protection sociale », explique une source gouvernementale. Il est toutefois peu probable que le pouvoir accepte de réviser la loi de finances votée à la fin de 2017 –, comme le réclament les animateurs du mouvement social. « Il faut éviter la facilité de mesures de replâtrage qui ne font qu’aggraver notre endettement public déjà lourd », ajoute l’officiel.

M. Chahed ne dispose que d’options limitées pour sortir de la mauvaise passe actuelle. A la pression de la rue s’ajoutent les tensions internes au bloc exécutif, notamment sa relation heurtée avec Nidaa Tounès, dont certains dirigeants s’emploient ouvertement à torpiller le chef du gouvernement, coupable à leurs yeux de nourrir des ambitions personnelles. Dans ce conflit larvé, le chef de l’Etat, Béji Caïd Essebsi, prétend être neutre. Mais sa relation familiale avec le chef de Nidaa Tounès (son fils Hafedh Caïd Essebsi) rend l’équidistance assez fictive.

La force de M. Chahed tient toutefois dans sa relative popularité. De larges factions de l’opinion publique ont soutenu la campagne anticorruption lancée au printemps 2017. Certains proches du chef du gouvernement vont même jusqu’à sous-entendre que l’agitation sociale actuelle est orchestrée en coulisse par des réseaux mafieux, affaiblis par l’offensive gouvernementale. « Il est clair que le gouvernement est ciblé à cause de sa guerre contre la corruption », avance une source gouvernementale.

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« Nous tenons à l’actuelle stabilité politique »

Dans les dernières semaines, M. Chahed a dû faire montre d’une plus grande modestie dans l’affichage de ses ambitions politiques ; ce qui semble avoir détendu sa relation avec le chef de l’Etat – lequel n’a pas exclu de se présenter à sa propre succession, en 2019. Mais la tension reste vive avec Nidaa Tounès. Dans ce jeu de rivalités, Nidaa Tounès a pu compter sur le soutien passif du parti islamiste Ennahda, son principal allié au sein de la coalition au pouvoir. Ennemis irréductibles entre 2011 et 2014, les deux formations se sont spectaculairement réconciliées à partir de 2014 sur la base d’un projet de cogérance du pays.

Cette entente cordiale est toutefois sous pression, en raison notamment de l’affaiblissement continu de Nidaa Tounès, plongé dans la crise interne depuis la conquête du parti par Hafedh Caïd Essebsi, le fils du président. En outre, la réconciliation avec les islamistes a été mal comprise par la base électorale du parti. Afin de remobiliser ses troupes dans la perspective des élections municipales prévues en mai, Nidaa Tounès affiche désormais la volonté de prendre ses distances avec Ennahda. Mais la coalition gouvernementale étant maintenue entre les deux formations, il n’est pas sûr que cette nouvelle option tactique fasse la différence et permette à Nidaa Tounès de reconquérir le terrain perdu.

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Un contexte politique qui met en difficulté le chef du gouvernement, confronté à sa plus grave crise depuis sa nomination, en septembre 2016. M. Chahed doit louvoyer entre une rue en colère et les faux amis de son camp. Il a pu compter jusqu’à présent sur la compréhension de l’UGTT avec laquelle il a établi une relation de travail fructueuse. « Il a bénéficié de notre soutien silencieux », admet un cadre de l’Union générale tunisienne du travail, qui dénonce la chute du nombre de grèves ces derniers mois, indicatrice de la bonne volonté du syndicat. « Les adversaires de Chahed veulent déstabiliser le gouvernement, ajoute-t-il. Mais nous tenons à l’actuelle stabilité politique. »

L’UGTT devrait entrer en lice ces prochains jours sur le front social, mais pour mieux l’encadrer. Comme souvent dans l’histoire de la Tunisie contemporaine, le jeu de bascule de l’UGTT se révèle souvent déterminant pour conforter ou fragiliser le pouvoir.

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