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Etudiante éborgnée à Grenoble : quatre policiers renvoyés en correctionnelle

Plus de dix ans après les faits, les fonctionnaires, parmi lesquels un commissaire, seront jugés sous le régime de la «co-action», qui les amène à engager ensemble leur responsabilité pénale.

L’histoire date d’il y a plus de dix ans. Le 16 mai 2007, au soir de l’élection de Nicolas Sarkozy comme président de la République, une manifestation de l’ultra-gauche était dispersée dans le centre de Grenoble par les forces de l’ordre. Restait une poignée de contestataires sur une place, que traversait une jeune fille de 23 ans, Maud Caretta, avec une amie, après avoir fêté les examens de première année de médecine. Elle s’effondrait alors, touchée par le bouchon allumeur d’une grenade de désencerclement. L’étudiante perdait son œil, le goût et l’odorat. Les douze opérations chirurgicales qu’elle subira n’auront pour but que de tenter de reconstruire son visage.

Après une plainte déposée par la jeune femme le 18 juin 2007, l’instruction a mis en cause trois policiers, soupçonnés d’avoir tiré des grenades de désencerclement ce soir-là. Le commissaire qui dirigeait les opérations est également impliqué. Ce dernier a, dès 2013, été renvoyé en correctionnelle pour «blessures involontaires». Les policiers, eux, ont bénéficié d’un non-lieu, le tireur qui a blessé Maud Caretta ne pouvant être identifié.

«Co-action»

Mais, plus d’une décennie après les faits, un procès aura finalement bien lieu. La chambre de l’instruction de Lyon a décidé, par un arrêt du 29 décembre dernier, de renvoyer les quatre policiers en correctionnelle à Grenoble. Ce renvoi ne «présente plus de pourvoi possible et est donc définitif», a précisé à l’AFP le parquet général de la Cour d’appel de Lyon.

Après cette nouvelle, la victime, Maud Caretta, a fait part de «sa satisfaction», selon son avocat, Hervé Gerbi, au Figaro. «C’est un dossier qui a été très long à mener jusqu’au bout. Malgré son jeune âge, ma cliente a montré, tout au long de l’instruction, une détermination forte. Maud et son père, qui sont parties civiles, ont toujours eu la tête froide. Ils ont toujours eu la conviction qu’il y aurait un procès dans de bonnes conditions», se félicite-t-il.

«Nous avons la conviction profonde depuis le début que les quatre fonctionnaires savent qui est l’auteur des tirs»

Hervé Gerbi, avocat de Maud Caretta

Pendant plusieurs années, la partie civile a usé de tous les recours possibles pour que les policiers aient à répondre de leurs actes. Mais jusqu’à présent, les trois tireurs présumés ne pouvaient être poursuivis. L’agent, auteur du tir à l’origine des blessures, n’avait pas pu être identifié. Or, dans un arrêt du 11 juillet 2017, la Cour de cassation a estimé, cette fois, que le fait d’avoir «participé consciemment à une action exposant un tiers à un risque particulièrement grave» ne nécessitait pas de «déterminer qui est l’auteur du tir» en plaçant les faits sous le régime de la «co-action». Les policiers devront ainsi «engager ensemble leur responsabilité pénale», indique Hervé Gerbi.

Le procès, dont la date n’a pas encore été fixée, comportera donc un aspect inédit. Avec le régime de «co-action», les fonctionnaires – s’ils sont condamnés – écoperont de la même peine. Et ils pourraient être condamnés sans que l’on ne sache lequel d’entre eux a réellement blessé Maud Caretta. «On espère pouvoir connaître le vrai tireur mais il y a peu de chance, car les policiers ont choisi de se taire. De notre côté, nous avons la conviction profonde depuis le début que les quatre fonctionnaires savent qui est l’auteur des tirs», affirme l’avocat. Les agents, eux, risquent trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende.

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