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Face à la crise des opioïdes aux États-Unis, un rapport mais peu de moyens

Aux États-Unis, la lutte contre l’addiction aux opioïdes continue. Une commission créée par le président Donald Trump vient de rendre un rapport, mercredi, avec pas moins de 56 recommandations.

Un rapport fait beaucoup parler de lui, depuis mercredi 1er novembre aux États-Unis. C’est celui de la « commission contre l’addiction aux drogues et la crise des opioïdes« . Créée en mars, cette commission vient d’adresser près de 60 recommandations à l’administration Trump pour lutter contre l’épidémie d’overdoses dues aux opiacés synthétiques, dite « crise des opioïdes ».

Cette crise désigne l’explosion de la consommation de ces produits stupéfiants qui a fait grimper le nombre d’overdoses, aux États-Unis, à des niveaux jamais atteints. Les overdoses ont ainsi fait 64 000 morts en 2016, en augmentation de 22 % par rapport à 2015. Et cette brutale accélération est surtout le fait de ces opioïdes, responsables de 21 000 morts en 2016, contre 3 000 en 2013, soit une multiplication par sept en trois ans.

Contre ce fléau, l’administration américaine a principalement réagi cette année : le 29 mars, Donald Trump (qui avait fait de la crise des opioïdes un de ses thèmes de campagne) signe un « executive order » créant la commission qui vient de lui rendre le rapport. En août, il parle d’une « urgence nationale » et annonce que le gouvernement va « consacrer beaucoup de temps, beaucoup d’efforts et beaucoup d’argent » à la résolution de cette crise. Le 26 octobre, cette déclaration prend un tour plus officiel puisqu’il proclame la crise des opioïdes « urgence de santé publique » quelques jours avant de recevoir les recommandations sur son bureau.

Faire des États le premier maillon de la lutte contre l’addiction

Le rapport retrace les origines de la « crise », fait le point sur l’état de la lutte contre l’addiction aux drogues aux États-Unis et formule 56 recommandations. La toute première porte sur le système même des subventions fédérales concernant la lutte contre l’addiction. « Il y a de multiples agences fédérales et de multiples subventions au sein de ces agences, qui représentent un fardeau administratif pour les États, « où la bataille (contre l’addiction) a lieu tous les jours », regrette la commission. Pour y remédier, elle suggère d’accorder des « subventions générales » directement aux États, réclamées par presque tous les gouverneurs, quelle que soit leur appartenance partisane, selon le rapport. À l’échelon étatique, certains centres de désintoxications ne peuvent pas fonctionner à plein régime, faute de budget, comme en Illinois, comme le souligne le journal The Illinois Chronicle.

La commission recommande aussi d’améliorer la prévention auprès des jeunes Américains, que ce soit en classe au collège, au lycée et à l’université, ou au moyen d’une vaste campagne de prévention publicitaire.

La plupart des opioïdes de synthèse étant disponibles sur ordonnance, le processus de prescription doit également être revu, selon la commission. « Les patients doivent comprendre les risques et bénéfices que représentent les opioïdes et les alternatives qui existent. Ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui », écrivent les experts. Il faut parallèlement, estime la commission, faciliter l’échange, entre États, des données sur les prescriptions médicales, notamment concernant les opioïdes, et faire en sorte que les médecins, avant de fournir une ordonnance, consultent ces bases de données afin de repérer les individus s’adonnant au « doctor shopping ». Cette pratique consiste à consulter plusieurs médecins afin d’obtenir un grand nombre d’ordonnances.

Autre piste, généraliser les tribunaux spécialisés dans les affaires de stupéfiants. Ceux-ci formulent souvent des condamnations plus adaptées au traitement de l’addiction, en mélangeant conseil, médication anti-addiction et cours. Ils n’existent pour l’instant que dans un tiers des 93 districts judiciaires fédéraux, note le magazine Mother Jones.

Un point de réserve unanime

Ce rapport a reçu un accueil globalement favorable auprès des spécialistes de la lutte contre l’addiction, note le New York Times, qui relève toutefois une réserve unanime : le rapport ne chiffre pas le montant nécessaire à l’application de ces mesures. Chuck Ingoglia, vice-président du Conseil national pour la santé comportementale, a ainsi estimé que son organisation approuvait la plupart des recommandations mais que le rapport « privait le pays des vraies ressources dont il a besoin pour sauver des vies américaines ». Il a été rejoint par Regina LaBelle, ancienne cheffe de cabinet du bureau national des politiques de contrôle des drogues de la Maison blanche, sous Barack Obama. Celle-ci a estimé qu’ »il y a besoin de plus de financement que cela ».

Pour le financement, justement, les estimations varient mais une chose est sûre : cela se comptera en milliards, bien loin des 57 000 dollars auxquels donne accès la proclamation d’ »urgence de santé nationale », ainsi que l’explique Forbes. Pour Andrew Kolodny, directeur exécutif de l’ONG Médecins pour une prescription responsables d’opioïdes, bâtir aux États-Unis un système tel que les patients puissent « être capable d’entrer dans un centre de traitement et le même jour, accéder au traitement, nonobstant leur capacité de payer » coûterait six milliards.

Richard Frank, professeur d’économie de la santé à l’école médicale d’Harvard a, lui, fait porter à 10 milliards le total nécessaire pour « fournir un traitement et un accompagnement à tous les individus sujets à un usage excessif d’opioïdes qui ne sont pas encore sous traitement », rapporte le New York Times. Son estimation pourrait être la bonne : plusieurs membres de la commission ont suggéré qu’il faille débloquer au moins cette somme, dont le président Chris Christie, gouverneur (républicain) du New Jersey, et le député Patrick Kennedy.

Alors que l’administration Trump a procédé à de nombreuses coupes dans les budgets de la santé, reste à savoir si ces milliards seront débloqués. La Maison Blanche s’est pour l’instant contentée de saluer la publication du rapport via un communiqué assurant que l’administration examinerait avec attention les recommandations.

Première publication : 02/11/2017

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