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François Ier ne perd pas le nord

En ne montrant que des œuvres d’artistes originaires des Flandres et des Pays-Bas – peintures mais aussi tapisseries, vitraux, orfèvrerie… -, le Louvre offre une vision renouvelée de l’art en France durant la Renaissance.

Sous une grande érudition, Cécile Scailliérez cache une provocatrice. Cette conservateur en chef du Louvre adore prendre le contre-pied des manuels. Prenez François Ier et sa Renaissance forcément venue d’Italie. Eh bien, les choses sont moins simples. Il n’y a pas que Marignan, Fontainebleau avec Rosso et Primatice, Chambord, Vinci et la Joconde.

Le roi appréciait également les artistes flamands et néerlandais. Il en a fait venir de nombreux à sa cour et celles des riches foyers normands, picards, champenois ou bourguignons n’ont pas été en reste. Ce tropisme nordique du royaume a droit seul aux cimaises du hall Napoléon. Si quelques-uns des plus vivants portraits dus à Jean Clouet sont là, c’est que notre gloire nationale est native de Valenciennes, ville qui appartenait alors à l’empire des Habsbourg. Si l’autre star du portrait au XVIe siècle, Corneille de Lyon, bénéficie d’une autre somptueuse section au sein du parcours, c’est qu’avant de faire carrière dans la cité rhodanienne il avait vu le jour et s’était formé à La Haye.

On aurait pu croire au moins que ces deux-là allaient bénéficier d’un traitement de faveur. Mais une attention égale est portée à un Joos van Cleve, un Godefroy le Batave, un Noël Bellemare ou encore à un Grégoire Guérard. Ce dernier bénéficiant même in situ d’une première rétrospective. Certains de ces maîtres excellaient dans l’enluminure, le vitrail, l’orfèvrerie, la tapisserie, la sculpture. Leurs dessins ou les œuvres qui en découlent, tantôt minuscules, tantôt monumentales, voisinent au même niveau que les huiles, les éclairant même souvent.

Contrebalancer l’Italie

Ce dialogue constant donne l’idée de l’importance du courant nordique irriguant le règne. Tout se passe «comme s’il avait fallu toute la finesse du goût septentrional, toute sa spiritualité, tout son sens du concret pour contrebalancer le prestige et le brio antiquisant et impérial de l’Italie», résume dans le catalogue Sébastien Allard, directeur du département des Peintures.

De fait, les pièces religieuses dominent, à commencer par celles relevant de la vogue maniériste dite de l’«hypergothique» importée de Leyde et d’Anvers. On adore par exemple ce méconnu «maître d’Amiens». Quelle extravagance que son Allégorie en l’honneur de la Vierge. Se presse dans cette huile sur bois une foule aux couleurs acidulées, aux attitudes affectées et aux longs drapés à plis aigus. La volonté de subjuguer éclate encore dans ces longs triptyques bourguignons aux volets extérieurs traités en grisaille, qui empruntent aussi bien à Dürer qu’à Raphaël. Ou dans ce Livre d’heures, bijou exceptionnel, commande de François Ier pour sa nièce Jeanne d’Albret. La France souhaite récupérer ce rarissime élément du trésor des Valois. Le Louvre a lancé un appel aux dons via www.tousmecenes.fr

Moins nombreux, les portraits relèvent du même luxe. Ainsi celui de Guillaume Budé, bibliothécaire du roi et père de l’étude du grec, humaniste au visage grave (prêt du Met de New York). Enfin, entre ces pieux ou très doctes travaux, on découvre un art du paysage né à Fontainebleau et des scènes populaires où la drôlerie et la sensualité servent en vérité une sage morale.

«François Ier et l’art des Pays-Bas», Louvre Rue de Rivoli (Ier), Hall Napoléon. Tél.: 01 40 20 53 17. Horaires: lun., jeu., sam., dim., de 9 h à 18 h ; mer. et ven. jusqu’à 21 h 45. Jusqu’au 15 janv. Cat.: Somogy, 448 p., 45 €.

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