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Gilles Simeoni : «Une opportunité historique de clore un demi-siècle de conflit»

INTERVIEW – Avant sa rencontre avec le premier ministre lundi, le président du conseil exécutif de Corse expose ses attentes au Figaro.

LE FIGARO. – Vous allez rencontrer Edouard Philippe lundi à Matignon avec Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse. Puis Gérard Larcher, président du Sénat, mardi et François de Rugy, président de l’Assemblée, le lendemain. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette semaine parisienne?

Gilles SIMEONI . – Celui qui est le nôtre depuis notre accès aux responsabilités en 2015, confirmé et renforcé par le mandat de décembre dernier. Nous sommes déterminés et nous avons la volonté de faire prendre en compte nos revendications, validées par le suffrage universel. Il y a une perspective historique de pouvoir clore un cycle d’un demi-siècle de logique de conflit.

La récente visite de la ministre Jacqueline Gourault, avait laissé le sentiment d’un climat détendu…

Oui, mais cela ne suffit pas pour considérer que nous sommes dans une relation de confiance sur le plan politique.

Quelles sont vos déceptions?

Nous n’avons pas changé d’analyse. Lors de la venue de Mme Gourault, j’ai noté des éléments positifs: une volonté de dialogue et l’affirmation que le gouvernement était prêt à reconnaître la spécificité des Corses dans le cadre de la révision constitutionnelle. Mais nous avons également constaté des éléments tout à fait insuffisants, voire négatifs. Visiblement, l’Etat n’a pas l’intention d’évoluer sur des éléments fondamentaux que nous jugeons essentiels comme la co-officialité de la langue corse, le statut de résident et l’amnistie des prisonniers politiques. Aussi, il n’y a pas eu de référence explicite à la notion d’autonomie alors que nous avons été élus pour construire, avec l’Etat, un statut d’autonomie, de plein droit et de plein exercice. Enfin, de façon globale, il n’y a pas eu l’affirmation d’une volonté politique claire de situer le dialogue qui va s’ouvrir à la hauteur des enjeux car le dialogue avec la Corse ne peut pas avoir simplement une dimension technique, administrative, économique ou institutionnelle. Le bon niveau, le bon curseur, c’est un cadre politique.

Pourquoi êtes-vous aujourd’hui beaucoup plus réservé qu’il y a quinze jours sur l’ouverture de ces négociations?

Nous sommes dans une position d’attente. Il ne faut pas oublier que les choses n’ont pas commencé avec Mme Gourault. Le président Macron a été élu en mai 2017 et de mai à septembre, il n’y a pas eu le moindre signe, pas le moindre dialogue.

Peut-être attendait-il les résultats des élections territoriales…

Peut-être mais même si cela n’a pas été dit de manière explicite, le gouvernement n’a pas attendu le résultat de façon neutre. Il s’est engagé assez clairement pour essayer de nous faire perdre en suscitant un rapprochement entre La République en Marche et les deux listes de droite. Il faut le dire, sans acrimonie mais avec lucidité. C’est un jeu politique. Il a été tenté et il a échoué parce que le suffrage universel a clairement fait litière de cette option. Aussi, depuis notre élection avec un résultat électoral d’ampleur sans précédent, il y a eu aussi des déclarations du porte-parole du gouvernement (Benjamin Griveaux, ndlr), les 12 décembre et 12 janvier pour dire, par exemple, que les Corses n’avaient pas voté pour l’autonomie. Cette appréciation est radicalement inexacte.

Posez-vous la revendication de l’autonomie comme un préalable?

Ma philosophie du dialogue n’est pas d’y arriver avec des préalables. Nous n’en avons pas et nous demandons à l’Etat de n’en poser aucun.

Mais considérez-vous qu’il en a?

Oui, jusqu’à présent. Mais après cette première phase, cette mise en bouche consistant à présenter les protagonistes, nous allons commencer à discuter, sans tabous ni préalables. Du côté de l’Etat, les choses ont été présentées avec des lignes rouges sur la co-offcialité de la langue, l’amnistie et l’autonomie. Mais si ces positions sont maintenues, cela voudra dire qu’on ne veut pas de dialogue. On se retrouvera alors dans une situation de blocage et de crise politique. Nous pensons également que la notion de peuple corse devra être, un jour, reconnue politiquement et juridiquement.

Pourquoi affichez-vous une telle fermeté?

Parce que nous pensons que si la barre n’est pas mise à ce niveau-là, nous serons à côté des enjeux. Il ne faut pas laisser passer une opportunité historique.


Révision constitutionnelle: ce que veulent les nationalistes

Les nationalistes corses sont reçus par le président du Sénat mardi. Gérard Larcher devrait évoquer avec eux les propositions qu’il dévoilera le lendemain sur la révision constitutionnelle. Gilles Siméoni et Jean-Guy Talamoni anticipent deux scénarios. Si le premier prévoit une référence à la Corse en précisant qu’elle aura le même droit de différenciation que les autres régions de droit commun, les élus considéreront que «le compte n’y est pas». En revanche, ils souhaitent voir inscrit la Corse dans la constitution en tant que territoire insulaire avec ses spécificités, justifiant un statut particulier pouvant être reconnu par une loi organique.

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