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Hommage à Johnny sur les Champs : que vient faire la République dans ce deuil ?

L’homme aux Santiag enterré en grandes pompes. Est-ce vraiment raisonnable ? Le chanteur à minettes qui avait réussi, aux débuts des années 60, à faire entrer la musique américaine chez les mangeurs d’escargots, est devenu, quelques heures après sa mort, un héros national. Johnny et ses Harley bombardés dans le rayon des personnages historiques. Est-ce lui faire injure de penser que cet engouement de l’Etat pour l’idole des jeunes, et des moins en moins jeunes, a quelque chose de suspect ?

L’Elysée et certains de ses proches voient déjà des funérailles nationales sur les Champs Elysées. Est-ce vraiment indispensable pour pleurer le rocker ? En 2006, on l’avait interrogé sur le thème d’une panthéonisation de sa personne. Johnny avait éclaté de rire en réclamant qu’on le laisse tranquille, juste à sa place. Combien de fois n’a-t-il pas répété, tout au long de son incroyable carrière, qu’il n’était qu’un simple chanteur de variétés et que rien ne justifiait tant de louanges en forme de canonisation ? Pourquoi donc cet empressement à faire entrer le biker inoxydable dans la galaxie de nos hommes d’Etat ? Pour contenter ses fans inconsolables qui, de toute manière, le fêteront de mille façons ? Pour en faire un personnage politique, un symbole d’une France rassemblée autour de ses institutions fragilisées par la crise ? Pour faire plaisir à certains de ses proches qui rêvent tout bas d’une forme de sanctification du patriarche crooner ?

Pourquoi cet empressement ?

Johnny, comme toujours, disait qu’il voulait qu’on lui foute la paix, qu’on le laisse « faire le chanteur » jusqu’à son dernier souffle. Rien de plus. Rien de moins. Alors pourquoi la République s’échine-t-elle à le propulser sur une scène qui n’est pas vraiment la sienne ? Pourquoi cet empressement ? Tyrannie de l’émotion ? Calcul politicien ? Sans doute les deux. Johnny était tout sauf un chanteur engagé. Il n’a dirigé aucune croisade, n’a soutenu aucune cause, si ce n’est celle de son art, et c’est bien assez. Personne ne lui a jamais demandé de jouer les prédicateurs. Même si il lui est arrivé de soutenir des candidats de droite, comme Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy. Au fond, tout cela n’avait aucune importance.

On le savait ailleurs, sur un territoire inaccessible aux hommes politiques, celui du rock « trans-générations », pour tous publics, de 7 à 77 ans. Son œcuménisme de rocker mérite à coup sûr un immense hommage. Mais que vient faire la République dans ce deuil ? C’était un géant, certes. Il souhaitait qu’on voit en lui un simple saltimbanque. Sans message, sans leçon de morale. Peut-on pleurer une idole sans le transformer en statue ? La disparition du « monument Johnny »marque la fin historique de l’ère des baby-boomers. Est-ce cet événement que certains veulent glorifier par un quasi « deuil national » ?

Serge Raffy

Serge Raffy

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