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"Je suis toujours là" : "Le Point" publie des extraits du roman posthume de Jean d'Ormesson

Des textes inédits. Plus d’un mois après la disparition de Jean d’Ormesson, Le Point (article payant) publie, mercredi 3 janvier, des extraits de son roman posthume, à paraître le 11 janvier chez Gallimard. Le romancier et Acmédicien est mort dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 décembre à l’âge de 92 ans.

 Et moi je vis toujours est le titre de son 41e et dernier livre. C’est « une histoire du monde, en toute simplicité, racontée tambour et cœur battants, à la première personne, par un témoin qui aurait été à la fois l’ami d’Ulysse et le confident d’Alexandre le Grand, l’amoureuse de Ronsard et le découvreur de l’Amérique, à la fois un homme et une femme, un guerrier et un poète », détaille Le Point.

Voici un extrait du roman cité par la magazine :

« Depuis le temps que nous nous connaissons, vous l’aurez remarqué plus d’une fois : plus souvent que la duchesse de Guermantes, plus souvent que la Sanseverina ou mon amie Nane chère à Toulet, plus souvent que toutes nos héroïnes de roman, j’ai beaucoup changé de vêtements. J’ai porté la tunique, la toge, la cuirasse, le voile, le pourpoint, les hauts-de-chausse, le frac, le froc, le complet veston, la dentelle, la mousseline, la jaquette, le corset, la cotte, la cotte d’armes ou de mailles, la salopette, le heaume, le haubert, le vertugadin, le jean, la crinoline, la soutane. Je me mettais à enfiler la blouse du médecin, de l’infirmière, de la pharmacienne, du laborantin, du technicien. Longtemps traitée par l’indifférence, par le stoïcisme, par le mépris, la santé devient une de vos préoccupations majeures, la clé et le but de la politique et de la science. Les précurseurs, les fondateurs, il était encore possible de les distinguer. Impossible de suivre la médecine et la science dans leurs aventures sans fin et dans leur développement. Elles m’envahissent tout entière. Elles se confondent avec moi comme je m’étais confondue jadis avec les conquérants, les peintres ou les poètes. Vous savez ce que je fais, ce que je n’ai cessé de faire ? Je change. Comme l’univers, la vie, le temps, je change et je reste la même. Je suis toujours là, et vous ne me reconnaissez pas. »

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