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Jérusalem : pourquoi l'intifada va encore faire un flop

FIGAROVOX/ANALYSE – Donald Trump a déclaré Jérusalem comme capitale d’Israël, provocant la colère des Palestiniens et la réaction de la communauté internationale. Pour Hadrien Desuin, les conséquences de cette décision seront moins spectaculaires que prévu.


LE CERF

Spécialiste des questions internationales et de défense, Hadrien Desuin est essayiste. Il vient de publier (éd. du Cerf, 2017).


A Ankara, à Amman et à Marrakech, on sonne le tocsin. Hassan Nasrallah appelle à la guerre sainte et le Hamas promet «d’ouvrir les portes de l’enfer» à Israël. Le département d’État américain conseille à ses diplomates de rester chez eux et de s’éloigner de la vieille ville de Jérusalem. Bref, Benjamin Netanyahu plastronne et il règne une atmosphère de mobilisation générale dans la rue arabe.

Mais cette scène d’effusion et d’excitation n’a-t-elle pas été jouée des dizaines et des dizaines de fois? Aujourd’hui les Palestiniens sont résignés et fatigués. Ils ne croient plus, ni à la paix ni à la guerre. Il y a bien longtemps que Jérusalem leur échappe où le consulat américain est déjà énorme. Quant à la déclaration de Donald Trump, elle nous rappelle que, dès 1995, Bill Clinton avait reconnu Jérusalem, capitale d’Israël. Plus de vingt ans déjà. C’était une promesse de campagne récurrente, ne feignons pas d’être surpris.

Le Yémen, la Libye, la Syrie et l’Égypte sortent KO debout des printemps arabes.

Surtout le monde musulman est bien trop occupé à s’étriper entre soi. Le Yémen, la Libye, la Syrie et l’Égypte sortent KO debout des printemps arabes. Le Hezbollah doit encore consolider ses positions en Syrie. Les milices chiites n’ont pas fini leur guerre en Irak où les Kurdes n’attendent qu’une chose: qu’ils baissent la garde. Quant aux Saoudiens, qui ont proposé à Mahmoud Abbas de renoncer à Jérusalem, ils ont deux vrais ennemis, l’Iran et le Qatar. Le Hamas à Gaza et l’OLP en Cisjordanie sont à genoux, fragilisés par plusieurs années de gestion chaotique de leurs territoires. Leur impopularité est abyssale et ce nouvel affront leur offre un simple sursis.

Les Européens, eux, regrettent le geste de Donald Trump. Ils s’inquiètent à raison. Il y aura quelques manifestations et des pétitions dans Paris. Mais la plupart des membres de l’Union Européenne ne suivront pas les États-Unis dans cette voie. A court terme, rien d’extraordinaire. Si quelques tirs de roquettes sont à prévoir, l’embrasement annoncé de la région n’aura pas lieu.

Il revient à la France de prendre la suite des États-Unis dans le suivi du processus de paix.

A long terme pourtant, la position de Donald Trump change la donne diplomatique. Désormais clairement aligné sur Israël, il est évident que le processus de paix n’avancera pas d’un pouce sous le mandat du 45ème président des États-Unis. Les chefs d’États Arabes sont terriblement mal à l’aise face au trublion de la Maison-Blanche. La Jordanie et l’Égypte notamment. Ce sont deux États fragiles et traditionnellement impliqués dans le processus de paix depuis qu’ils ont établi des relations officielles avec Tel-Aviv en 1979 et en 1994. Il revient à la France de prendre le relais et de profiter de sa position médiane pour les soutenir du mieux possible, voire de prendre la suite des États-Unis dans le suivi du processus de paix.

Il faut sauver le soldat Abbas. En Turquie, en Iran et en Égypte, un boulevard diplomatique s’ouvre devant le Quai d’Orsay. A Paris d’en profiter et de ne pas laisser le Kremlin occuper toutes les positions abandonnées par l’Amérique.

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