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La diplomatie climatique de Macron : décalage entre discours et réalité

Au-delà de la diplomatie climatique menée par Emmanuel Macron, qui prononcera un discours à Bonn mercredi après-midi dans le cadre de la COP23, les actions concrètes du gouvernement français déçoivent les spécialistes de l’environnement.

Avec la lutte contre le réchauffement climatique, Emmanuel Macron a trouvé un sujet qui lui permet de briller sur la scène diplomatique. Le président de la République s’est érigé en leader de la communauté internationale depuis le retrait des États-Unis de l’accord de Paris, lançant notamment, dans la foulée de la décision de Donald Trump, un appel aux chercheurs américains pour venir travailler en France. Mais le fameux « Make Our Planet Great Again » prononcé le 1er juin et le discours volontariste qu’Emmanuel Macron ne manquera pas de prononcer, mercredi 15 novembre à Bonn, dans le cadre de la COP23, en présence d’Angela Merkel, sont-ils accompagnés de mesures concrètes prises par le gouvernement français ?

Pour les défenseurs de l’environnement – organisations non gouvernementales (ONG) et personnalités politiques spécialistes du sujet –, la réponse est clairement non. « Le président de la République a fait de la question climatique un véritable enjeu diplomatique et c’est vraiment très important, a souligné sur France Culture Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement de Jacques Chirac et présidente du parti Le Rassemblement citoyen – Cap21. Mais cela n’a pas empêché la France d’être épinglée lors de la COP23 pour sa récente décision sur le nucléaire. Si l’affirmation diplomatique est parfaite, en revanche sur le concret, je trouve qu’on n’avance pas beaucoup. »

>> À lire : 255 chercheurs étrangers ont répondu à l’appel de Macron

La France s’est en effet vu décerner le 8 novembre à Bonn le trophée du « Fossile du jour », un prix sarcastique décerné quotidiennement par l’ONG Climate Action Network pendant toute la durée de la COP23, pour sa décision de repousser à après 2025 son objectif de réduction à 50 % de la part du nucléaire dans son mix énergétique. Le ministre de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, a eu beau expliquer que l’objectif de 2025 n’était pas réaliste, son annonce a été vécue par les défenseurs de l’environnement comme un nouveau renoncement depuis sa prise de fonction.

« Utiliser l’argument climatique en disant, comme le ministre Hulot l’a fait, qu’on recule la date pour éviter de réutiliser du charbon est trompeur, car c’est passer sous silence les alternatives possibles, affirme Sarah Fayolle, chargée de campagne à Greenpeace France, contactée par France 24. Malheureusement, les exemples comme celui-ci s’accumulent et la liste des renoncements est déjà bien longue. »

Marche arrière sur le Ceta et les énergies renouvelables

Emmanuel Macron et Nicolas Hulot sont en effet accusés de céder du terrain sur de nombreux dossiers. Sur le glyphosate, la France est ainsi passée d’une position ultraferme, refusant toute reconduction de l’autorisation d’utilisation du fameux désherbant au sein de l’Union européenne, à une autorisation de prolongation pour trois ans.

Sur l’application du Ceta, Emmanuel Macron avait promis de tenir compte d’un rapport d’expert, commandé par l’Élysée, sur les risques environnementaux et sanitaires du traité de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Mais malgré les conclusions négatives dudit rapport sur les risques encourus, le gouvernement ne s’est pas opposé à l’entrée en vigueur, pour le moment de façon provisoire, du Ceta, le 21 septembre dernier.

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Concernant également le financement des conventions Territoires à énergie positive (Tepos) mises en place sous François Hollande, le document tweeté par l’association AMORCE révèle que Nicolas Hulot a donné instruction aux préfets, le 26 septembre, « de gérer les crédits disponibles avec le plus grand discernement ». Ceux-ci ont été nettement diminués puisque l’enveloppe allouée pour 2018 ne sera que de 475 millions d’euros, alors que l’ensemble des conventions signées représente un montant total de 750 millions d’euros.

« One Planet Summit » organisé à Paris le 12 décembre

Autre déception pour les ONG : le projet de loi sur la fin de la recherche et de l’exploitation des hydrocarbures en France, actuellement en cours d’examen au Parlement. Loin de ses aspirations initiales, ce texte permettra, s’il reste en l’état, de poursuivre les exploitations des hydrocarbures – qui ne représentent que 1 % de la consommation nationale – jusqu’en 2040, grâce à la prolongation de plusieurs permis et exclura l’Outre-mer. Or, des explorations sont justement en cours au large de la Guyane.

Enfin, citant une note française transmise au Conseil européen, le député européen Yannick Jadot (EELV) a accusé le gouvernement, le 5 octobre sur son blog, de poursuivre « une stratégie de démolition des ambitions européennes en matière d’énergies renouvelables ». Le document en question, daté du 12 septembre et publié par Mediapart, révèle que Paris souhaiterait alléger les obligations concernant le renouvelable sur la décennie 2020-2030.

Au ministère de la Transition écologique et solidaire, on soutient qu’il ne s’agit en aucun cas de rétropédalage, mais simplement, sur l’ensemble de ces choix, de faire preuve de pragmatisme. « Certains ont dit : ‘Hulot a reculé’, pas du tout, on va avancer, s’est défendu le ministre, le 8 novembre sur BFMTV. On va travailler avec l’ensemble des acteurs, ce qui compte c’est [de faire preuve de] réalisme et de détermination. […] Ce qui était impossible hier va le devenir. »

Emmanuel Macron, lui, poursuit sa diplomatie climatique. Le président français organisera le 12 décembre, deux ans jour pour jour après la signature de l’accord de Paris, le « One Planet Summit », un sommet international destiné à trouver des solutions de financement privé et public pour la lutte contre le réchauffement climatique. En grand communicant, le chef de l’État devrait en profiter pour présenter les premiers chercheurs et entrepreneurs ayant répondu favorablement à son appel du 1er juin pour venir travailler en France.

« Il sera toutefois important de veiller à ce que ce sommet ne soit pas une façon pour les États de se dessaisir de leurs responsabilités, juge Sarah Fayolle, de Greepeace. On ne peut pas se positionner comme leader de la lutte contre le réchauffement climatique sans avoir des politiques nationales cohérentes et ambitieuses. Or, pour l’instant, le compte n’y est pas. »

Première publication : 15/11/2017

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