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La reine Elizabeth lance «son» porte-avions

La reine a participé jeudi à Portsmouth à une cérémonie marquant officiellement l’entrée dans la Royal Navy du Queen Elizabeth, prévu pour être opérationnel en 2020, et qui sera suivi par le Prince-de-Galles, à l’horizon 2023, tandis qu’en France se profile la problématique du remplacement du Charles-de-Gaulle qui sera retiré du service vers 2040.

La reine Elizabeth II a participé jeudi sur la base navale de Portsmouth à la cérémonie, traditionnelle dans la Royal Navy, selon laquelle, lorsqu’un bateau est «commissionné», c’est-à-dire qu’il entre dans les forces, un gâteau est découpé par la femme du commandant et le plus jeune membre de l’équipage. L’événement était exceptionnel à plus d’un titre. Le HMS Queen Elizabeth, dont la conception initiale a été lancée en 1999, est le plus gros bateau jamais construit pour la Royal Navy. En juillet 2014, la souveraine britannique s’était rendue pour le baptême du bateau à Rosyth, en Écosse, où il a été assemblé.

La reine Elizabeth a passé en revue la Royal Guard, jeudi, sur la base navale de Portsmouth.
La reine Elizabeth a passé en revue la Royal Guard, jeudi, sur la base navale de Portsmouth. CHRIS JACKSON/AFP

L’arrivée du Queen Elizabeth marque le retour de la Grande-Bretagne dans le club très fermé des puissances dotées de cette capacité majeure de «projection de puissance». Ce sera le plus grand porte-avions européen – 65.000 tonnes, contre 42.000 tonnes pour le fleuron de la Marine nationale, le Charles de Gaulle.

Doté d’un pont d’envol de 280 mètres de long et de 70 mètres de large (soit terrains de football), le Queen Elizabeth pourra accueillir jusqu’à 26 avions F-35B à décollage vertical (fabriqué par Lockheed Martin) et, selon la configuration, jusqu’à une douzaine d’hélicoptères. Un tremplin situé à l’avant du navire aidera les avions à décoller en brûlant moins de carburant, sans équivaloir toutefois aux performances des systèmes à catapultes.

Premiers essais d’appontage à l’automne 2018

Les deux «îlots», l’un pour le pilotage du bateau, l’autre pour les opérations aériennes, culmineront à 56 mètres, quatre de plus que les chutes du Niagara. Ce géant des mers sera propulsé par deux turbines à gaz, un choix – le non-recours à l’énergie nucléaire – qui pèsera sur l’autonomie à la mer. Celle-ci, n’excédant pas quatre jours, nécessitera de fréquents ravitaillements. L’équipage de 700 marins sera complété par les personnels mettant en œuvre les avions et les hélicoptères, soit au total 1600 hommes à bord.

Les premiers essais d’appontage des F-35 B sont prévus à l’automne 2018, au large des côtes des États-Unis. Le Queen Elizabeth devant être opérationnel en décembre 2020 (décembre 2023 en pleine capacité). À cette date, la classe Queen Elizabeth devrait s’être étoffée d’un «sister-ship», le porte-avions Prince-de-Galles. Celui-ci devrait être livré fin 2019-début 2020, pour entrer progressivement en capacité opérationnelle à partir de 2023.

En France, la possibilité d’un second porte-avions

L’admission du porte-avions britannique survient au moment où, en France, le Charles-de-Gaulle, à mi-vie, est en cours de révision à Toulon et ne sera de retour à la mer qu’au début 2019. Au moment aussi où la préparation de la Loi de programmation militaire (LPM 2019-2025), qui devrait être votée avant l’été prochain, remet en relief le débat récurrent sur le remplacement du porte-avions français. Le maintien de ce dernier en service est conditionné par l’état de ses cuves nucléaires, dont l’horizon d’exploitation est fixé actuellement à 2037, date à laquelle devrait intervenir son quatrième et dernière arrêt technique.

Pour le chef d’état-major de la Marine nationale (CEMM), l’amiral Christophe Prazuck, la question du porte-avions «doit être posée» dans le cadre de la prochaine LPM, même si la principale priorité réside, d’abord, dans le comblement de certains «trous dans la raquette» des forces navales (patrouilleurs, pétroliers-ravitailleurs, hélicoptères légers…). Mais il s’agit pour le CEMM de poser des jalons.

«Considéré pendant 25 ans comme une “capacité tactique d’appoint”, le porte-avions redevient un atout majeur des grandes marines»

Amiral Pierre Vandier, ancien «pacha» du Charles-de-Gaulle

Concrètement, il faudrait consacrer «quelques centaines de millions» au futur porte-avions, a estimé le CEMM, mardi, lors d’une rencontre avec l’Association des journalistes de défense (AJD). Les caractéristiques du nouveau porte-avions français, dont la conception et la réalisation prendront au moins dix ans, dépendront de multiples paramètres techniques, industriels et budgétaires.

Le 11 octobre, devant les députés de la Commission de la défense, le CEMM avait évoqué la possibilité qu’«un second porte-avions arrivant en 2030 coexisterait avec le «Charles de Gaulle» jusqu’à son retrait du service actif et son remplacement», vraisemblablement autour de 2040.

La France disposera-t-elle, pour le demi-siècle à venir, d’un deuxième porte-avions, comme les Britanniques? L’enjeu est celui d’une «permanence à la mer», comme disent les marins, aptitude dont la France bénéficiait jusqu’en 1997 (avec ses deux porte-avions Foch et Clemenceau) mais qui lui fait défaut depuis trente ans. Selon l’amiral Prazuck, «avoir deux porte-avions peut être une ambition pour notre pays», signifiant, qu’à ce stade, l’option doit rester ouverte, même si cette ambition risque de se heurter à de sérieux obstacles. «Considéré pendant vingt-cinq ans comme une “capacité tactique d’appoint”, le porte-avions redevient un atout majeur des grandes marines», écrivait récemment un ancien «pacha» du Charles-de-Gaulle, l’amiral Pierre Vandier, dans un article de la Revue de la défense nationale.

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