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Lactalis : Emmanuel Besnier, l'homme au cœur du scandale

Portrait. Il est le personnage central de l’affaire du lait contaminé. Patron invisible et secret, Emmanuel Besnier, le PDG de Lactalis, dirige dans la plus grande opacité le premier groupe laitier mondial.

Difficile de rester discret lorsqu’on est convoqué à Bercy. Et pourtant, Emmanuel Besnier, le très mystérieux patron de Lactalis, premier groupe laitier et fromager au monde (Lactel, Bridel, Salakis, Président, Roquefort Société…), a une nouvelle fois réussi à éviter caméras et photographes. A la tête du groupe familial Lactalis depuis dix-huit ans, la onzième fortune française (avec 8 Mds€, selon « Challenges ») est le seul patron de cette envergure dont il n’existe quasiment aucune photo.

Agé de 47 ans, l’homme d’affaires, a hérité à 29 ans des rênes du groupe familial après la mort brutale de son père en 1999. En 2011, il hisse le groupe au premier rang européen en rachetant son rival italien Parmalat. Depuis, il cultive une discrétion à toute épreuve… Ou presque. A l’issue d’une trentaine de minutes d’un tête-à-tête de travail formel, le ministre de l’Economie, Bruno le Maire, a pris un malin plaisir hier à préciser que « le président de Lactalis communiquera publiquement sur les causes de la contamination ». A son corps défendant, Emmanuel Besnier se retrouvera donc en première ligne. En attendant, le groupe aux 17 Mds€ de chiffre d’affaires annuel s’engage à reprendre tous les laits et céréales infantiles de ses marques Milumel et Picot fabriqués à Craon (Mayenne), « quelle que soit leur date de fabrication », a souligné le ministre et non plus seulement les boîtes sorties d’usine depuis la mi-février.

Un milliardaire plus que discret

C’était hier la seconde fois en un mois qu’Emmanuel Besnier était convoqué à Bercy. Et il est venu. A l’été 2016, en pleine crise du lait, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, n’avait pas eu cette chance. « Il est si discret que peu de ses 75 000 salariés peuvent dire l’avoir rencontré et sauraient même le reconnaître s’ils le croisaient », avoue un ancien du groupe.

Plus que la discrétion, le milliardaire, copropriétaire du groupe avec sa sœur et son frère, cultive l’opacité. Au point de payer des amendes plutôt que de publier ses comptes comme l’y oblige la loi. Seul aux commandes du groupe, il ne partage pas le pouvoir. « En pleine crise du lait, il décide, contre l’avis insistant de ses proches, de virer des éleveurs qui avaient quarante ans d’ancienneté. Leur erreur ? Avoir critiqué son groupe lors d’un reportage télévisé », se souvient un producteur, longtemps proche du groupe.

« Sérieux mais fermé, il a reproduit le management à l’ancienne de son père », assène un concurrent.

Un bébé contaminé en Espagne

Chaque jour, une nouvelle information accablante vient gonfler le scandale du lait contaminé. Hier, Santé Publique France et les scientifiques de l’Institut Pasteur ont annoncé qu’un bébé avait été contaminé à la salmonellose en Espagne après avoir bu du lait fabriqué par Lactalis. Un autre cas est soupçonné en Grèce. 14 500 t de produits ont été retirées du marché depuis le 2 décembre dont 7 500 destinées à l’étranger. Ce lait a été exporté dans 66 pays (continent africain, Chine) dont 12 dans l’Union européenne. Au total, 38 bébés ont donc été contaminés. Un chiffre totalement sous-estimé, selon Quentin Guillemain, président de l’association de victimes. « Mais on n’a pas pu confronter nos propres nombres » à ceux des autorités, a-t-il expliqué hier. Il a annoncé que des centaines de parents avaient déjà porté plainte. Et que plusieurs centaines d’autres s’apprêteraient à le faire.

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