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Le concert Stars 80 à la U Arena : la foire à la saucisse

NOUS Y ÉTIONS – Multiples soucis techniques, salle clairsemée, mise en scène ratée, intervention improbable des personnages de Star Wars, le spectacle a viré à la catastrophe.

Dès la sortie au RER Nanterre Préfecture dans l’ouest parisien, le ton est donné. Ce samedi 2 décembre, tout au long du boulevard de Pesaro, les serveurs des stands de frites à 5 euros sont en perruque colorée et se dandinent sur Born to be alive de Patrick Hernandez. Il fait zéro degré et comme Siham étudiante venue avec sa maman, la foule qui converge vers la U Arena a troqué ses bonnets de laine pour des chapeaux pailletés. Pour les dix ans de la tournée Stars 80 (ex RFM Party Années 80), même la belle façade tout en écailles de la U Arena est illuminée de rose pastel. On a le temps d’admirer la finesse du travail de l’architecte Christian de Porzamparc. Faute de personnel de sécurité féminin suffisant, les files d’attente des spectatrices s’allongent dangereusement. Les maris, les frères, les amis passent en cinq-dix minutes contre 50 minutes pour les filles. «C’est le bazar», râle notre voisine Viviane, retraitée venue du 91 avec ses grandes filles Laetitia chauffeur routier, Laura assistante maternelle et Alexandra commerciale. «C’est hallucinant. Bonjour l’égalité homme femme» dit une autre. Trop c’est trop et sous le regard halluciné d’un responsable en gilet fluo jaune de la société de sécurité Titan International, toutes les filles dans la file d’attente entonnent Femme, Femme, Femme de Serge Lama.

À l’intérieur, la bonne humeur règne. Derrière leurs stands de produits dérivés, les vendeurs en sweatshirt blanc avec le logo rouge Stars 80 de la Pme Charmandising sont ravis: «nous avons fait une excellente soirée. Tous les produits à bas prix comme les lunettes et les perruques sont partis. Les tasses et les stylos se sont très bien vendus.» Les serveurs du Burger Bar aussi ont le sourire aux lèvres. Leur burger (7 euros) est délicieux. Et servi en un temps record grâce à un système ingénieux de file d’attente et de réservation possible sur une application de téléphone mobile. Seul regret: l’absence d’eau pétillante au menu. Autre bon point pour ce premier concert à la U Arena depuis l’inauguration par les Stones fin octobre, les toilettes sont nombreux et propres.

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Sur scène, un chauffeur de salle fait patienter la foule. On voit bien que le phénomène Stars 80 s’érode: la salle d’une capacité de 44.000 places est très loin d’être remplie. Tout le haut au-dessus des loges est vide et fermé. Selon France 2 qui diffuse ce soir le show en direct, il y aurait 13.000 spectateurs. Les producteurs disent 15.000. C’est l’équivalent d’un Bercy en version assise. Habiles, les producteurs ont distribué gratuitement à chacun, un bâton fluorescent et scintillant à agiter au-dessus des têtes. Ambiance boum géante. À 20h39, les premières notes de «nuit déserte, dernière cigarette…» résonnent. Toute la troupe de Patrick Hernandez, à Lio, Sabrina, Gilbert Montagné….monte sur scène en rang d’oignon. Mais la U Arena ne va pas aller «jusqu’au bout de la nuit» tout de suite. C’est juste le lancement du direct de France 2 après le JT. L’ambiance retombe comme un soufflé. À 20h44, il faut supporter un long tunnel de pubs. Douze minutes (on a chronométré), de spots pour les chips Doritos, pour le merchandising Stars 80 «en vente dans cette salle» et in fine pour le film Stars 80, la suite qui sort mercredi 6 décembre. La bande-annonce particulièrement ratée ne donne pas envie de pousser la porte d’un cinéma. À 20h56, le calvaire n’est pas encore fini. Revoilà le chauffeur de salle. Pendant dix minutes, il hurle «tout le monde debout! Les Perruqués? Allez, on saute tous ensemble.» Tout à coup, on ne sait pas pourquoi, on bascule dans Star War s . Un Chewbacca, un robot BB8 et des dizaines de soldats blancs simulent une marche impériale dans la U Arena. Quel est le rapport avec les vedettes des années 80? On ne le saura pas.

Des prestations hors sujet

«Que la force soit avec vous», lance le chauffeur de salle tandis que France 2 lance son direct. Patrick Hernandez en jupe fait le job sur Born to be Alive . On ne voit pas s’il a sa célèbre canne. Et pour cause: les deux écrans géants sur les côtés de la scène sont en panne. Même très bien assis au carré or (porte 105, rang 16) sur une place payée 69 euros, on ne distingue pas les chorégraphies, les musiciens et encore moins les visages des artistes. Cela ne doit pas être le direct de France 2: cet été, lors de la captation des Vieilles Canailles sur TF1, les écrans géants autour de Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc fonctionnaient parfaitement. Très vite pourtant, on se rend compte des lacunes de la mise en scène. Le rythme des enchaînements est chaotique. Le son est de si piètre qualité qu’on se demande si les musiciens jouent sur bande. Visuellement, les tableaux sont inégaux. Certains sont bien travaillés comme les effets psychédéliques de Plastic Bertrand sur Ça plane sur moi. D’autres comme Danser le jerk de Thierry Hazard sont vides: pas de chorégraphie alors que c’est une chanson sur une danse (!) et pas d’effets spéciaux. Quant à Sabrina en James Bond girl sur Boys Boys Boys dont on se rappelle le clip en bikini dans la piscine, elle est hors sujet. N’est pas Ursula Andress qui veut. Tout comme Peter et Sloane sur Besoin de rien, envie de toi. Ils sont censés être à Vérone, le décor est celui des gratte-ciels de Miami. Allez comprendre.

Sur le coup de 21h30, au pied des gradins de notre carré or, les Stormtroopers poussent la foule à applaudir en brandissant à bout de bras, d’imposants fusils noirs. À un mois des commémorations du Bataclan, était-ce vraiment indispensable? Quel producteur, quel metteur en scène peut avoir l’idée saugrenue de mettre en avant des armes même factices aujourd’hui dans une salle de spectacle? Quel est l’intérêt artistique ici? À 21h38, on touche le fond. L’interprétation d’Etienne Etienne par Julie Piétri mérite un procès. Cookie Dingler reprend Téléphone. On rêve très sérieusement d’un «autre monde». 21h41: miracle. Les écrans géants s’allument. Nos voisins sont hilares: le son et l’image sont décalés. Et pas qu’un peu. Julie Pietri a au moins trois mots de retard sur Eve lève toi. La tigresse du show biz va être furieuse et à raison: elle est ridiculisée. Nos voisins sont persuadés qu’elle chante en playback. Sur Coup de folie de Thierry Pastor, le problème technique persiste. La régie son n’arrive pas à se caler avec la régie vidéo. Pour un spectacle qui s’est pompeusement rebaptisé ce soir Stars 80, le triomphe , c’est le naufrage. Il y a quelques jours, Thomas Langmann, le producteur de ce concert, s’en était pris à Hugues Gentelet et à Olivier Kaefer qui avaient l’idée voilà dix ans de surfer sur la nostalgie des chanteurs des années 80. Thomas Langmann avait qualifié leurs shows de «foire à saucisse.» On lui retourne bien volontiers le compliment.

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