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"Le Musée des merveilles", "Paradis"… Les films à voir (ou pas) cette semaine

Le choix de « l’Obs »

♥♥♥ « Le Musée des merveilles », par Todd Haynes. Drame américain, Avec Oakes Fegley, Julianne Moore, Millicent Simmonds, Michelle Williams (1h57).

Todd Haynes est un cinéaste anachronique. Il aime le mélodrame et recréer les temps révolus de l’Amérique. Qu’il raconte l’épopée du glam rock (« Velvet Goldmine ») ou les puritaines années 1950 (« Loin du paradis », « Carol »), il en tire des chromos faussement nostalgiques aux couleurs mensongères.

Dans « le Musée des merveilles », adapté d’un roman de Brian Selznick, l’auteur de « Hugo Cabret », Haynes superpose deux époques. En 1977, près du lac Gunflint (Minnesota), Ben (Oakes Fegley), 12 ans, en deuil de sa mère, disparue dans un accident de voiture, part à la recherche de son père, qu’il ne connaît pas, sur la foi d’un indice : l’adresse d’une petite librairie new-yorkaise inscrite sur un bout de papier. En 1927, à Hoboken (New Jersey), Rose (Millicent Simmonds), une adolescente sourde du même âge, fugue pour aller à la rencontre de son idole, l’actrice Lillian Mayhew (Julianne Moore), qui se produit sur Broadway.

Au croisement des deux récits mis en scène comme en leur temps – le premier aux couleurs vintage et sur une bande-son disco-soul, le second muet et en noir et blanc –, il y a le cabinet de curiosités du Muséum d’Histoire naturelle de New York, repère de reliques mystérieuses, de vestiges lointains.

On pourrait y exposer le film, prototype de cinéma que même une analyse au carbone 14 ne saurait dater. Dans un de ses premiers films, le moyen-métrage « Superstar. The Karen Carpenter Story », Todd Haynes retraçait le destin tragique de la chanteuse des Carpenters, morte d’anorexie, en animant des poupées Barbie. Le cinéaste travaille l’artifice, la fétichisation du passé. Un procédé qui, dans « le Musée des merveilles », menace de tourner à la muséification lors d’une longue séquence centrale sans paroles, au montage parallèle trop systématique. Lequel tresse des ramifications entre les destins des deux orphelins qui se révéleront vertigineuses dans le bouleversant final sur les toits de la ville, lors de la grande coupure d’électricité qui toucha New York durant l’été 1977. L’émotion qui, d’ordinaire, ne fait qu’affleurer dans ses films, Haynes l’embrasse ici, avec pudeur.

Mi-conte pour enfants, mi-mélo pour grands, « le Musée des merveilles » est une lettre d’amour à New York, une ode à la transmission, à la vivacité du patrimoine culturel, aux petites vies qui font la grande Histoire et à Julianne Moore, la muse du cinéaste. Un film d’amoureux, trop transi peut-être. Et pourquoi pas tant de Haynes ?

Nicolas Schaller

Les sorties

♥♥♥ « Paradis », par Andreï Konchalovsky. Drame russe, avec Yuliya Vysotskaya, Philippe Duquesne, Christian Clauss (2h10).

Qu’on se le dise, le paradis est en noir et blanc et il ressemble à une garde à vue dans une chambre froide. Face caméra – appelons ça l’œil de Dieu –, trois morts encore tièdes sont soumis à la question. Olga (Yuliya Vysotskaya), une comtesse russe émigrée en France qui entra dans la Résistance, tenta de sauver des enfants juifs et fut déportée. Jules (Philippe Duquesne), un policier français qui collabora avec les nazis. Et Helmut (Christian Clauss), un aristocrate allemand doublé d’un officier SS, qui est chargé d’inspecter un camp de concentration dont le chef se vante d’atteindre les 10.000 crémations quotidiennes. Avant de disparaître, ces trois-là se sont croisés, et les deux hommes n’ont pas été insensibles au charme de l’intrépide Olga. Chacun à sa manière, avec sa bonne ou sa mauvaise conscience, décrit donc, à la porte du paradis, l’enfer sur terre.

Le film du Russe Andreï Konchalovsky, qui a reçu le lion d’argent à la Mostra de Venise, est un pur traité du désespoir. Le dispositif, le format carré, l’image, la lumière, les flash-back et l’interprétation, tous également glaçants, ajoutent à la désillusion du propos. Le réalisateur des « Nuits blanches du facteur » donne en effet à voir, sans la juger, la banalité du mal, la barbarie ordinaire, la machine de mort et la folie hitlérienne des Übermenschen, des « surhommes ». Il y a du médecin légiste chez ce cinéaste octogénaire, qui pratique désormais son art comme une autopsie. Sur un cadavre qui bouge toujours.

Jérôme Garcin 

♥♥♥ « Diane a les épaules », par Fabien Gorgeart. Comédie française, avec Clotilde Hesme, Fabrizio Rongione, Thomas Suire (1h27).

Diane (Clotilde Hesme), la trentaine pimpante, célibataire dans l’âme, accepte d’être mère porteuse pour un couple d’amis homosexuels. Partie s’isoler à la campagne le temps de sa grossesse, elle y succombe aux charmes de Fabrizio (Fabrizio Rongione), l’électricien qui retape les lieux. Entre eux et le couple des futurs parents, qui les a rejoints, s’instaure un drôle de ménage à quatre.

Très belle surprise que ce premier film, comédie farfelue qui s’autorise à ne plus l’être quand on ne s’y attend pas. Fabien Gorgeart aborde avec beaucoup de finesse des questions contemporaines sur le désir d’enfant et le nouvel ordre amoureux, avec une Clotilde Hesme en état de grâce. Au cas où l’Académie des César aurait le mauvais goût de l’oublier, on lui décerne notre césarienne de la meilleure actrice.

Nicolas Schaller

♥♥♥ « Khibula », par George Ovashvili. Drame géorgien, avec Hossein Mahjub, Qishvard Manveshvili, Nodar Dzidziguri (1h38).

Magnifique ! George Ovashvili raconte le voyage de Zviad Gamsakhurdia, président déchu de la République de Géorgie, chassé par un putsch en 1992. Voici un homme perdu, entouré de quelques fidèles, qui marche dans la neige et espère gagner, dans la montagne, des appuis. Il trouvera la mort en Mingrélie, dans le village de Khibula, en 1993.

Ce n’est pas le contexte politique ni la biographie de cet homme qui intéresse le cinéaste, mais sa solitude dans un contexte de guerre, sa quête intérieure, sa perte de repères, sa confrontation avec la nature. En arrière-plan, la tragédie d’un peuple. Sur l’écran, le drame d’un personnage qui s’égare progressivement. C’est d’une rare beauté. La révélation, évidente et forte, d’un grand cinéaste.

François Forestier

♥♥ « Simon et Theodore », par Mikael Buch. Comédie dramatique française, avec Félix Moati, Nils Othenin-Girard, Mélanie Bernier (1h24).

Simon, adulte instable, va devenir père. Ce qui le réjouit, mais achève de le déstabiliser. Sa femme, rabbin, organise la bar-mitsva d’un ado difficile à gérer. La rencontre des deux va précipiter leur entrée dans la vie et leur apprendre à se réconcilier avec eux-mêmes. Les premières minutes, hésitant entre drame, comédie et fiction initiatique, déconcertent.

Mais progressivement la mise en scène organise avec subtilité ce chaos apparent, projection du mental dispersé et désarmé du héros. Un héros campé par le très attachant Félix Moati, troublant comme toujours de charme infantile et de dépression joyeuse.

Xavier Leherpeur

♥♥ « Bangkok Nites », par Katsuya Tomita. Drame japonais, avec Subenja Pongkorn, Sunun Phuwiset, Hitoshi Itô (3h03).

Sur près de trois heures, le portrait en immersion d’une travailleuse du sexe en Thaïlande, de ses clients japonais, réguliers et occasionnels, et de sa famille restée à la campagne. Une durée qui ne va jamais contre le film, mais lui confère une langueur lascive et une sensualité un peu poisseuse toujours en phase avec la lassitude soumise de son héroïne.

La mise en scène, en trouvant une distance qui n’est ni dans l’empathie apitoyée ni dans le sordide pittoresque, baigne le spectateur dans une léthargie mélancolique. Echo poignant de ces existences absentes d’elles-mêmes.

Xavier Leherpeur

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♥ « M », par Sara Forestier. Comédie dramatique française, avec Sara Forestier, Redouanne Harjane, Jean-Pierre Léaud (1h38).

Reconnaissons à Sara Forestier, pour son premier long-métrage comme réalisatrice, de ne pas avoir peur du ridicule. Sa love story entre une bègue, amoureuse des mots mais fâchée avec la parole (jouée par elle-même), et un tchatcheur de cité, honteux de son analphabétisme qu’il tient secret (Redouanne Harjane, issu du stand-up), célèbre les vertus du verbe et vise une sorte de réalisme poétique à tendance tragi-comique !

L’actrice de « l’Esquive » s’est inspirée de la relation qu’elle eut, adolescente, avec un petit copain illettré. Nul doute qu’elle a aussi beaucoup pensé au travail de son mentor, Abdellatif Kechiche. Son cantique des parias en mal d’amour, s’il a pour lui un acteur charismatique, Redouanne Harjane, sent trop le labeur pour convaincre (six monteurs se sont relayés en postproduction). La musique de Christophe n’aide pas à rendre le film, ambitieux et naïf, plus modeste qu’il ne l’est.

Nicolas Schaller

♥ « Le Semeur », par Marine Francen. Drame français, avec Pauline Burlet, Géraldine Pailhas, Alban Lenoir (1h40).

Au lendemain du coup d’Etat de Napoléon Bonaparte, les hommes d’un bourg perdu dans les montagnes sont déportés par l’armée, qui les soupçonne d’être républicains. Désormais, les femmes se relaient aux champs et se serrent les coudes, les plus jeunes autour d’un pacte : si un homme venait, il serait à elles toutes. Un étranger fait irruption…

Pour son premier long-métrage, Marine Francen, ex-assistante de Michael Haneke, adapte « l’Homme semence », un court texte signé par une villageoise ayant vécu cette histoire. La réalisatrice a été inspirée de changer le titre pour celui d’une toile de Millet : au-delà du double sens, le film vaut pour ses plans composés comme des tableaux, au format carré, et la beauté de madone de Pauline Burlet. Pour ce qui est du sujet, les désirs contrariés d’une communauté de femmes face au mâle, cette version cévenole, austère et monocorde des « Proies » l’effleure sagement.

Nicolas Schaller

♥ « Par Instinct », par Nathalie Marchak. Drame français, avec Alexandra Lamy, Brontis Jodorowsky, Sonja Wanda (1h27).

Drame mollasson sur un sujet grave, le désir d’enfant. Lucie, avocate enceinte, perd son bébé au cours d’un voyage au Maroc. Sa voisine à l’hôpital est une jeune Nigériane, Beauty, qui a été violée et accouche. Lucie se prend d’affection pour ce bébé dont le destin est incertain.

On nage dans le mélo, on échappe à des salauds de trafiquants, on se promène à Tanger, et, malgré la sympathie qu’on peut avoir pour les deux femmes (la bobo et la clandestine), impossible de se passionner pour ces péripéties un peu balourdes. Les bonnes intentions ne suffisent pas à porter ce film inégal et, par moments, touchant.

François Forestier

♥♥♥ « Chavela Vargas », par Catherine Gund et Daresha Kyi. Documentaire mexicain (1h30).

Inconnue en France, idole au Mexique, Chavela Vargas a été une immense chanteuse. Mais aussi un personnage étonnant, fantasque, libre, suicidaire, magnifique. Admirée par Pedro Almodóvar, amie de Frida Kahlo et de Diego Rivera, elle est devenue la figure de proue de la chanson ranchera, quelque part entre la musique mariachi et le blues mexicain.

Ce beau documentaire lui rend hommage, à travers documents, interviews, souvenirs (elle aurait enregistré 80 disques, dit-on) et restitue sa légende de lesbienne flamboyante (elle se serait enfuie avec Ava Gardner lors du mariage de Liz Taylor !). Véritable personnage de roman, Chavela Vargas a traversé le siècle au pas de course : la « dame au poncho rouge » est morte en 2012, à 93 ans, après un concert dédié à García Lorca. Du panache, jusqu’au bout…

François Forestier

♥♥♥ « L’Ecole de la vie », par Maite Alberdi. Documentaire franco-néerlando-chilien (1h32).

Un documentaire sur la vie dans un centre spécialisé pour trisomiques adultes : on a l’impression de l’avoir déjà vu. Pourtant, la cinéaste chilienne livre un film poignant, cruel, plein de colère et de finesse.

L’enfer, ici, ce sont les autres, du moins l’institution quasi orwellienne qui entreprend d’émanciper ses patients pour mieux les rattraper par le col au moment où ils aspirent à un début d’autonomie. Ainsi Anita et Andres, qui veulent se marier, mais se heurtent au refus de l’Etat, ou Ricardo, ambitionnant d’être enfin payé dignement pour les petits boulots qu’il effectue au tarif d’un stagiaire.

« L’Ecole de la vie » démarre comme un ersatz de « Rain Man », mais se conclut comme un épisode du « Prisonnier ».

Guillaume Loison

C’est raté

« Maryline », par Guillaume Gallienne. Drame Français, avec Adeline d’Hermy, Vanessa Paradis, Alice Pol (1h47).

Après le triomphe (près de 3 millions d’entrées) des « Garçons et guillaume, à table ! », Guillaume Gallienne revient avec l’histoire d’une comédienne trop fragile pour endurer ce sacerdoce. Dans les années 1970, Maryline (Adeline d’Hermy) se retrouve figurante sur un film en costumes, rate le rôle que lui offre le cinéaste, se réfugie dans l’alcool, quitte la profession puis y revient, trouvant peu à peu sa place dans un épanouissement cathartique.

Beau sujet inspiré par la réalité de certains destins (on reconnaît quelques modèles) qui dit la violence de se rêver actrice. Et la place des femmes dans une industrie qui les regarde souvent mal. Mais sujet gâché par le contresens d’une mise en scène intrusive. Maryline s’efface, s’excuse d’être. Une déchirante vacance d’elle-même qui demande qu’on la respecte, mais que Gallienne investit lourdement, comme s’il craignait de disparaître derrière le jeu magnétique d’Adeline d’Hermy. Au silence bouleversant de son modèle, il préfère une démonstration sans grâce et sans mystère. C’est une faute de goût.

Xavier Leherpeur

L'Obs

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