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"Le pape m'a dit : 'Blaise Pascal mérite la béatification'"

Eugenio Scalfari, 93 ans, fondateur du  quotidien « La Repubblica », journaliste et écrivain renommé, entretient, depuis plus de trois ans, un rapport d’amitié avec le pape François. L’homme de presse, qui a pour habitude de ne pas mâcher ses mots, relate avec fidélité, dans son journal, ses entretiens avec le souverain pontife. Il ne prend jamais de notes mais garde tout en  mémoire. Au cours de leur dernier entretien, paru le 8 juillet, le pape répondant à une question plaidoyer d’Eugenio Scalfari, s’est déclaré favorable à une béatification de Blaise Pascal, philosophe janséniste français, persécuté par les Jésuites de son époque. Entretien.

Qu’est-ce qui vous a amené à penser que Pascal, philosophe généralement peu apprécié en Italie, méritait d’être réhabilité  ? 

Pascal, je l’ai lu dans ma jeunesse, et j’ai été fasciné par ses « Pensées ». Plus tard, à 50 ans, j’ai découvert Sainte-Beuve qui est l’auteur du seul grand livre sur le couvent de Port-Royal, que Blaise Pascal fréquentait.

Il raconte l’examen de passage que dut alors subir le mathématicien, forcé de répondre à des questions insidieuses comme : « Quels livres avez-vous lus ? – Les Essais de Montaigne », répondit Pascal, « Rabelais, Etienne de La Boétie ». « Et les Evangiles ? », l’interrompit son examinateur. – Les Evangiles, oui, mais pas tous, seulement L’Evangile selon saint Jean. » C’est alors que le sévère « conservateur des âmes » émettra sa sentence : « A partir de maintenant vous lirez seulement les livres sacrés ».

Tel fut le baptême de Pascal… Ce dialogue, rapporté par Sainte-Beuve, a piqué ma curiosité, et j’ai continué à étudier Pascal, son « pari », ses choix religieux. Et je me suis bien naturellement trouvé à en discuter avec le Pape.

Etes-vous vous-même croyant ?

Pas du tout. Mon amitié avec le chef de l’Eglise catholique est liée au fait, justement, que je ne suis pas croyant. Ce pape extraordinaire, révolutionnaire dans l’âme, est convaincu que certains préceptes du Concile Vatican II, malgré les efforts de Paul VI et de Jean Paul II, n’ont pas été mis en pratique. Or, François est convaincu que le dialogue avec le non croyant que je suis est une approche  de la modernité. Il sait que j’apprécie la prédication de Jésus de Nazareth qui, pour moi, est un homme et non le fils de Dieu. Cela le conforte dans l’idée du dialogue avec quelqu’un qui a confiance dans l’homme Jésus-Christ.

Mais qu’y a-t-il « dans la tête du pape François » ?Cette béatification arrivera-t-elle à son terme ?

Oui, si j’en crois le pontife. Il m’a dit qu’il allait alerter les organismes chargés d’étudier ce processus, ajoutant que, pour sa part, il est convaincu de la justesse de cette réhabilitation.

Mais ce projet a été accueilli, en Italie du moins, avec consternation. Le journaliste Giuliano Ferrara, une autorité en matière de religion, soutient que le pape François est un « tribun du nouveau jésuitisme capable de renouer avec Luther et même Pascal, un janséniste convaincu habile à dévorer à belles dents les jésuites du monde entier ».

Marcello Pera, un philosophe et politologue, soutient que « ce pape déteste l’Occident, que sa vision est celle du justicialisme péroniste » et que c’est au nom de cette vision qu’il propose la béatification de Pascal. L’intellectuel Piergiorgio Odifreddo prétend que le Pascal des « Provinciales » et des « Pensées » est l’antithèse de Jorge Bergoglio… Je ne lis pas Ferrara. Quant à Odifreddo, c’est un athée militant. Pera, je ne saurais quoi en dire… Je n’ai en tout cas aucune envie de commenter leurs commentaires.

En revanche, le pape François vous a dit qu’il n’appréciait pas beaucoup Spinoza, grand philosophe de l’école cartésienne, qui a subi tous les ostracismes possibles en son temps, jusqu’à être chassé de la synagogue d’Amsterdam…

Sur Spinoza, François est intransigeant. Parce que le philosophe juif refuse la transcendance et choisit l’immanence. Son Dieu est la nature.

Propos recueillis par Marcelle Padovani

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