Accueil | Actualité | Le prix de la BD Fnac 2018 revient à "Betty Boob"

Le prix de la BD Fnac 2018 revient à "Betty Boob"

Surtout ne pas se fier au pitch de cette bande dessinée: une femme, après s’être fait enlever un sein, perd son mec, son boulot et finit par redécouvrir sa féminité à travers la pratique du burlesque – cet art du spectacle nu en vogue depuis quelques années. Car on se figure immédiatement une BD sociétale à la gravité bavarde. Or, bavarde, «Betty Boob» ne peut pas l’être.

Non seulement elle est muette de bout en bout, mais sa scénariste Vero Cazot (née en 1973) la traite avec la folle inventivité d’un film de Buster Keaton. Et c’est cette audace, étalée sur presque 200 pages, que le 6e prix de la BD Fnac, dont «l’Obs» est partenaire, a justement récompensée le 17 janvier.

J’avais envie de parler d’une femme qui se réapproprie son corps, alors l’idée du cancer du sein m’est venue assez vite, se remémore Vero Cazot, dont c’est seulement la troisième bande dessinée. Mais tous les dialogues que j’imaginais sonnaient cliché ou lourdingue. Je ne connais rien à l’hôpital, mais je ne voulais pas d’hôpital en fait! Ce que je cherchais à faire, c’était plutôt une comédie musicale dessinée.»

Prix de la BD Fnac 2018 : à vous de voter

Le désir féminin célébré

Et c’est vrai que le lecteur ouvrant «Betty Boob» se voit jeté dans une course-poursuite ininterrompue dont il jurerait entendre l’accompagnement, très piano-bar. Une gageure comme celle-là ne pouvait être tenue que par les vertus d’un dessin exceptionnel. Celui de la Québécoise Julie Rocheleau (née en 1982), venue de l’animation, l’est: à la fois robuste, coloré et souple jusqu’à l’élasticité comme celui d’un Al Séverin, son trait déploie presque une trouvaille visuelle par page.

Pour en finir avec le syndrome de la Schtroumpfette : la revanche de la BD « girly »

Et surtout, la morale un peu pépère, genre «je-dois-m’accepter-comme-je-suis», n’est pas le cœur de cet album. C’est bien plutôt le désir sexuel féminin, explosif, qui est célébré, notamment à travers une admirable scène de cunnilingus dans les toilettes (combien de BD pensent à en montrer?). Et à travers les paroles d’un paillard morceau de musique qui clôt l’album, sur le motif:

J’ai la chatte qui s’dilate/ J’ai l’bouton qui clignote.»

Il a bien changé, le milieu de la bande dessinée, ces derniers temps!

Arnaud Gonzague

Betty Boob,
par Vero Cazot et Julie Rocheleau,
Casterman, 184 p., 25 euros.

Paru dans « L’OBS » du 18 janvier 2018.

Arnaud Gonzague

Comments

comments

Lire l'article depuis la source

x

Check Also

[unable to retrieve full-text content] Sur le même thème Comments commentsLire l'article depuis la source

Partages