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Les confidences d'Emmanuel Macron en marge de ses vœux à la presse

Le chef de l’Etat s’est exprimé sur de nombreux sujets d’actualité à l’issue de son discours prononcé à l’Elysée, ce mercredi, devant des journalistes français et étrangers.

Ce n’était pas vraiment une conférence de presse. Cela y ressemblait tout de même un peu. En marge de la traditionnelle cérémonie des vœux à la presse, Emmanuel Macron s’est très longuement confié, ce mercredi soir, abordant de nombreux sujets d’actualité auprès des journalistes français et étrangers qui se pressaient autour de lui dans la salle des fêtes de l’Elysée à l’issue de son discours. International, Europe, France, économie, social, immigration… Le chef de l’État s’est exprimé sur tous les sujets pendant plus d’une heure trente. Revue de détail des confidences présidentielles.

● International: «Maintenir le dialogue avec l’Iran»

Le président de la République a commencé par se livrer sur l’annulation de la visite en Iran de Jean-Yves Le Drian alors que des manifestations violentes secouent le pays. «Le ministre des Affaires étrangères devait y aller vendredi. C’était inopportun, a expliqué Emmanuel Macron qui s’en est expliqué avec le président iranien Hassan Rouani au téléphone. Je lui ai dit “S’il y va, il condamne ce que vous êtes en train de faire, je vais être clair avec vous”. Donc on a décalé».

Mais la France veut maintenir le dialogue avec l’Iran. «Ce qui est très important c’est de continuer à avoir l’exigence qui est la nôtre à l’égard de l’Iran et de garder cette ligne. Sinon, on est en train de reconstruire subrepticement un axe du mal. On voit bien le discours officiel qui est porté par les États-Unis, l’Arabie Saoudite ou Israël, qui sont nos alliés à de nombreux égards, c’est quasiment un discours qui va nous conduire à la guerre en Iran, a assuré Emmanuel Macron. Si nous rompons toute discussion, le risque est d’aller vers des événements de conflictualité extrême».

Quant aux accusations du président iranien adressées à la France d’héberger sur son sol les opposants au régime de Téhéran des moudjahidines du peuple, Emmanuel Macron les a rejetées. «Toutes les oppositions politiques sont les bienvenues en France, toutes les actions terroristes seront combattues. Il faut des faits pour expliquer que nous soutenons un mouvement», a fait valoir le chef de l’État avant d’aborder d’autres sujets internationaux et notamment le programme de ses déplacements.

Emmanuel Macron compte se rendre au Liban avant les élections législatives de mai 2018 et en Amérique du Sud, peut-être au Venezuela, au deuxième semestre de l’année. Dans l’immédiat, c’est pour la Chine qu’il s’envole lundi. «Plusieurs accords seront signés, a-t-il annoncé, mais ce sera aussi pour moi l’occasion de parler de l’implication de la Chine dans la lutte contre le réchauffement climatique. Je souhaite que l’on puisse travailler sur les sujets carbone liés à la Chine».

● Europe: «Mettre en place un nouveau traité européen»

C’est le grand chantier d’Emmanuel Macron, celui sur lequel il a bâti une partie de son élection. L’enjeu, pour lui, consiste à la relancer, notamment dans la perspective du scrutin de 2019. «On a une discussion avec la chancelière allemande sur les institutions. Les sujets sur la défense, l’immigration, l’énergie avancent considérablement. Nous avons la volonté d’avoir des positions communes sur les sujets économiques et monétaires, défricher les grands sujets pour déterminer les lignes de force», a expliqué Emmanuel Macron. Objectif: mettre en place un nouveau traité européen pour relancer une Europe en panne depuis l’échec du référendum de 2005 en France. «La chancelière y est favorable, a assuré le chef de l’État. Le 22 février prochain nous serons en mesure de définir quelques grands axes pour aller plus loin dans la relation bilatérale».

● Immigration: «Nous n’avons pas la capacité d’accueillir massivement tous les gens qui arrivent»

La réforme s’annonce compliquée pour la majorité présidentielle. Elle a déjà fait apparaître une ligne de clivage entre l’aile droite et l’aile gauche. «Je suis sur la ligne de la promesse que j’ai faite en campagne sur les réfugiés, a rappelé Emmanuel Macron. C’est notre devoir d’humanité et je ne céderai à aucun discours, y compris de certains qui voudraient revenir sur ce droit qui est le nôtre d’apporter l’asile. Là, il faut être intraitable et je le serai.» Mais pas question d’ouvrir les portes en grand. «Aujourd’hui, nous n’avons pas la capacité d’accueillir massivement tous les gens qui arrivent», a-t-il expliqué. La France va accélérer les contrôles. Cela «ne veut pas dire qu’on va expulser les gens au lendemain du contrôle, mais on va leur dire beaucoup plus rapidement: “Vous n’avez aucune chance d’accéder à l’asile”», a expliqué Emmanuel Macron.

 Laïcité: «L’État est neutre mais la société est plurielle»

Le président de la République reçoit jeudi les autorités religieuses pour leur adresser ses vœux. L’occasion d’aborder, devant elle, ce thème de la laïcité qui provoque des débats récurrents et passionnés dans la société française. «Je ne l’ai jamais qualifiée, a rappelé Emmanuel Macron. Elle organise l’exercice libre et individuel de conscience autonome dans la République. Ce qui veut dire que l’État est neutre et les services publics le sont, mais que la société est plurielle. Elle est aussi parcourue par des convictions de philosophie, de conscience, et religieuses. Le rôle de la laïcité n’est pas de les gommer ni d’être une forme quelconque de religion d’État, mais d’assurer ce cadre. Et la laïcité est pour moi le cadre indispensable de cette neutralité en ce qu’elle permet aux consciences libres de se forger.»

● Islam: poser le sujet de «la relation entre la République et l’islam»

Le chef de l’État ne veut pas mêler le sujet de l’islam à celui de la laïcité. «Il ne faut pas confondre les sujets, a-t-il prévenu. La manière dont vit notre société avec un monothéisme qui est l’islam, ce n’est pas le sujet de la laïcité, il ne faut pas être hypocrite.» Le président de la République veut poser le sujet de «la relation entre la République et l’islam. Parce qu’on a entre 4 et 6 millions de nos concitoyens qui ont pour religion l’islam et qui vivent dans la République pour une écrasante majorité de manière totalement normale. Simplement la relation qui a été construite entre la République française, ses institutions, et leur religion est profondément différente de celle qui a été construite avec les autres parce que l’histoire n’est pas la même. Et cette religion, elle s’est développée en France après la loi de 1905. Il faut regarder cela de manière très dépassionnée comme un fait historique pour voir comment on prend des décisions pertinentes pour régler ce sujet.»

● Économie: pour les privatisations, «il faut que le moment soit adapté»

Le président de la République s’est également confié sur les privatisations auxquelles l’État réfléchit actuellement. «Il faut que le moment soit adapté», a-t-il fait valoir sans s’attarder. Autre sujet économique d’importance, le changement de direction à la tête d’Airbus et le casting à venir pour le nouveau patron du géant européen de l’aéronautique. «Il faudra que ce soit le meilleur, qu’il soit bon et qu’il ait la volonté de cultiver les intérêts à courts et moyens termes de l’entreprise, ce qui n’a pas toujours été le cas», a glissé Emmanuel Macron.

● Social: «La vraie réponse, c’est le projet éducatif»

Après un début de mandat marqué par des mesures comme la libéralisation du marché du travail ou la suppression de l’ISF, Emmanuel Macron a annoncé au soir, dans ses vœux, un virage social pour 2018. «Cela n’existe pas de financer des mesures sociales si on ne produit pas, a-t-il assuré, comme pour justifier son début de mandat et une impression de déséquilibre dans sa politique. «Je ne vais pas vous dire que je ne me suis jamais senti boiter», a-t-il confié en niant toutefois tout «déséquilibre» dans son action. «La mesure la plus sociale qu’on puisse faire dans notre pays, c’est de permettre aux jeunes qui sont nés dans des quartiers difficiles d’avoir les mêmes chances d’accéder à un emploi que les autres, cela passe par des réformes d’ouverture», a-t-il assuré, ajoutant: «Le plus grand dispositif social de la République ça a été l’école sous la IIIe République». Selon le chef de l’État, «la vraie réponse sociale, c’est la mobilité économique et sociale qu’on a, c’est le projet éducatif. C’est l’ensemble de cette question que j’aurai à décliner dans le semestre».

 Corse: «Je ne compare ce sujet avec la Catalogne»

Très attendu sur l’île en février prochain, après la victoire des autonomistes aux élections locales, le chef de l’État commence par l’assurer: «Je ne compare ce sujet avec la Catalogne.» Façon de mettre à distance la question de l’indépendance de la Corse. D’ailleurs, «je crois que les Corses sont attachés à ce que leur île réussisse dans la République française, malgré ses spécificités et traditions que je respecte», a-t-il expliqué. Pour le président de la République, «la réforme constitutionnelle peut être utilisée pour les collectivités territoriales».

● Champigny: «Je ne céderai à aucune facilité»

Le chef de l’État avait très vite réagi après l’agression violente de deux policiers lors d’une soirée de réveillon à Champigny. «Il y a une expression que nous devons tous aux forces de l’ordre qui est celle d’une extrême solidarité. Il ne s’agit pas d’ouvrir de quelque manière que ce soit le débat, la moindre ambiguïté. Il faut regarder les choses qui sont efficaces», a-t-il assuré. Face aux voix qui s’élèvent pour demander le retour des peines planchers pour les agresseurs de policiers, Emmanuel Macron se montre toutefois dubitatif. «Il y a une réflexion qui est celle de l’efficacité, je suis sceptique», a-t-il confié en prévenant: «Je ne céderai à aucune facilité dans ce contexte.»

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