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Louvre Abu Dhabi : "Le projet culturel le plus ambitieux du XXIe siècle"

Il y a encore quelques jours, les rumeurs les plus incendiaires couraient dans le petit monde de l’art : « Ils ne seront pas prêts », « toutes les œuvres ne sont pas arrivées ». Le tout accompagné du traditionnel : « On nous cache des choses ! ». Ce fut le dernier épisode de cette guerre d’Abu Dhabi qui n’a jamais eu lieu.

Dix ans après l’annonce de la création d’un Louvre Abu Dhabi, le musée va ouvrir ses portes au public le samedi 11 novembre. Ce mercredi 9 novembre, en fin de journée, il sera officiellement inauguré par le président de la République, Emmanuel Macron et par le prince héritier de l’Emirat, Cheikh Mohammed Ben Zayed al-Nayan.

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L’édifice conçu par Jean Nouvel sur l’île de Saadiyat, reliée à la ville par un pont long de quelques centaines de mètres, se veut, selon les mots de l’architecte français, une ville-musée. Ses salles sont autant de « maisons » reliées entre elles par des vestibules parfois inondés de soleil. Un imposant dôme, dont le maillage laisse filtrer la lumière, recouvre cette cité entourée d’eau. Nouvel a eu de la chance : il a pu écrire sa partition sur une page blanche puisque l’île ne comportait aucune construction. « C’est votre chef-d’œuvre », lui a lancé un admirateur. Prudent Jean Nouvel a préféré répondre que « chaque bâtiment a sa propre vie ».

Vinci dans le golfe Persique

Ce qui est certain, c’est que cette « vie » suscite déjà de la fierté sur cette bande du rivage du golfe Persique. Le jeune ministre de la Culture et du Tourisme, Mohamed Khalifa Al Mubarak, ne s’en cache pas :

« Aujourd’hui, à Abu Dhabi, il y a un Léonard de Vinci, un Monet, un Rothko, un Jackson Pollock, un Van Gogh. Et aussi des objets des arts de l’islam, des antiquités chinoises ou japonaises les plus précieuses. Qui aurait osé imaginer cela il y a une dizaine d’années ? »

Jean-Luc Martinez , président-directeur du musée du Louvre à Paris ajoute : « C’est le projet culturel le plus ambitieux du XXIe siècle (…). J’ai participé dans ma carrière à l’éclosion d’un certain nombre de grands projets culturels, et je peux dire que celui-ci marquera l’histoire des musées. »

Evidemment, puisque l’on coupe les rubans, l’enthousiasme est de rigueur. A juste titre ou non ? Il faut reconnaître que le résultat ne laisse pas indifférent. Sur les 600 œuvres présentées, un peu moins de la moitié proviennent des collections réunies depuis une dizaine d’années par les Emiratis. Le reste a pris la voie des airs après avoir quitté les salles du Louvre parisien et celles de la douzaine de musées français (Orsay, Pompidou, Guimet, Branly, entre autres) qui participent à cette aventure.

Ces prêts ne sont que temporaires. La « Belle Ferronnière » de Vinci, l’ »Autoportrait » de Van Gogh, la « Femme au miroir » de Titien ne séjourneront qu’un an environ sur ces cimaises avant de retrouver leurs musées d’origine en France. Les tableaux de Gauguin, Mondrian, Cy Twombly resteront, quant à eux, sous le dôme imaginé par Jean Nouvel puisqu’ils ont été acquis par l’Emirat d’Abu Dhabi.

Musée en devenir 

Ce musée n’entend pas être une vitrine de l’histoire de l’art au sens où on le conçoit dans nombre d’institutions européennes ou américaines. Ici, on vise très haut puisque l’on affirme vouloir se rapprocher du modèle d’un musée universel, faisant le récit du destin de l’humanité, depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine. Parmi les thèmes mis en avant : les premiers villages, les premières grandes puissances, les religions universelles, le monde moderne.

Si la chronologie est respectée, ce qui surprendra plus les visiteurs sont les confrontations entre des objets venus de civilisations différentes, qui présentent un aspect commun sans que l’on puisse expliquer comment et pourquoi. Un exemple parmi des dizaines : celle de trois figures en terre cuite, l’une réalisée au Guatemala, l’autre en Afrique (culture nok), la dernière par un artiste étrusque. Toutes datent de la même époque (environ 300 avant J.-C.) et rien pourtant ne vient expliquer leurs similitudes.

L’accrochage des œuvres bénéficie du « confort » de salles superbement éclairées, les visiteurs foulant un sol constitué en pierres d’Oman. Parfois, entre deux salles, un sas de verre permet de découvrir une autre œuvre – comme celle de Jenny Holzer qui a gravé dans la pierre le texte d’une tablette mésopotamienne et un autre emprunté à Montaigne.

On l’aura compris, le Louvre Abu Dhabi n’est pas un musée comme les autres. Il est tout à la fois modeste et ambitieux. Ses collections (quelques centaines d’œuvres) sont bien légères face à celles du Louvre (500.000 œuvres). Mais le ministre de la Culture d’Abu Dhabi en est certain :

« Dans dix ans, au Louvre Abu Dhabi, 100% des œuvres exposées appartiendront à nos collections. »

Dans dix ans ? C’est possible.

Bernard Géniès

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