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Mélenchon, Le Pen, Macron, Fillon… Ce qu'ils faut retenir de l'émission de France 2

Trois jours avant un premier tour imprévisible, les onze candidats à la présidentielle se sont retrouvés sur France 2, jeudi soir, pour un dernier round télévisé. Tous ont été interviewés, chacun leur tour, pendant un quart d’heure. Une émission perturbée par l’attentat revendiqué par Daech sur les Champs-Elysées, dans lequel un policier a été tué.

Une ultime opportunité pour convaincre les indécis, marquer des points, ou ne pas en perdre. Décryptage des ultimes stratégies déployées jeudi soir par les principaux candidats, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen, en passant par François Fillon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon.

Les 22 débats cruciaux qui divisent les candidats à la présidentielle

Mélenchon : rassurer

Premier candidat à avoir été interviewé, Jean-Luc Mélenchon est resté fidèle à la ligne qui est la sienne depuis une dizaine de jours, à mesure que sa montée en puissance se confirme dans les sondages. Calme, pédagogue, le candidat de la France insoumise s’est efforcé d’afficher une certaine sérénité, avec un objectif clair : rassurer. Rassurer ceux que sa politique fiscale pourrait inquiéter, rassurer ceux que sa politique internationale pourrait faire fuir, ou encore rassurer ceux que son projet de constituante inquiète. 

Son projet de taxation des hauts revenus ? « On va taxer à 90 % au-delà de 400.000 euros de revenu par an (…), ça concerne très peu de monde », a-t-il pris soin de souligner. La constituante ? « Je ne suis pas un homme de pagaille », a-t-il lancé à Léa Salamé. Ingouvernable, la VIe République qu’il veut mettre en place ? « Jamais de la vie », a-t-il vivement rétorqué. La mise en place d’un « référendum révocatoire » ? « Deux Etats américains et des Etats latino-américains font ça, ça s’appelle la démocratie, il ne faut pas avoir peur du peuple », s’est-il justifié. Sa position sur la Russie ? « Moi je suis pour une France indépendante qui soit tournée vers la paix », a-t-il défendu. L’Allemagne, que Jean-Luc Mélenchon raille régulièrement ? « Les Allemands ne sont ni nos ennemis, ni nos maîtres, ce sont nos partenaires », a-t-il nuancé…

Avant de lâcher, en toute fin d’entretien, pour se présidentialiser encore un peu plus et afficher sa détermination : 

« Je m’apprêtre à gouverner le pays. »

Mélenchon 2012 – 2017 : comment il a changé

Le Pen : la ligne dure

Marine Le Pen a pris la parole bien avant qu’une fusillade éclate sur les Champs-Elysées à Paris, et coûte la vie à un policier. Mais trois jours après l’arrestation de deux terroristes présumés, suspectés de préparer un attentat pendant la présidentielle, la candidate n’a pas laissé passer l’occasion d’investir deux thématiques majeures de son programme : la lutte contre l’insécurité et le terrorisme islamiste.

En perte de vitesse selon plusieurs sondages ces derniers jours, ce qui l’a conduit à muscler plus encore son discours lors de ses récents meetings, la candidate d’extrême droite a pris un soin tout particulier à lier délinquance, immigration et terrorisme. « Il y a 17.000 fichés S sans le pays, dont 10.000 pour fondamentalisme islamique. Expliquez-moi pourquoi nous devrions prendre le risque de les garder sur le territoire ? J’expulserai tous les fichés S étrangers », a mis en avant la candidate. Avant d’enquiller sur une autre de ses promesses, la suppression du droit du sol : 

« Tous les étrangers condamnés pour des délits ou des crimes doivent rentrer chez eux. Je veux la suppression du droit du sol, la  nationalité française s’hérite ou se mérite. »

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« Tous les auteurs auraient été soit en prison, soit expulsés. Il n’existe pas de risque zéro mais on ne peut pas permettre le risque 100 % », a-t-elle également répondu, alors qu’elle était interrogée sur les propos polémiques qu’elle a tenus, où elle affirmait que elle présidente, elle aurait évité les attentats de Merah, du Bataclan et du Stade de France. 

La frontiste est parvenu d’autant plus facilement à ramener le débat sur les propositions phares de son programme en la matière qu’aucune question ne lui a été posée sur les affaires d’emplois fictifs au Parlement européen qui pèsent pourtant sur elle et le FN. Et que l’actualité est venue remettre le sujet du terrorisme au centre des discussions quelques minutes plus tard… Lors de sa conclusion, elle affirme :

« Je suis étreinte par le sentiment que tout n’est pas fait pour mettre nos compatriotes à l’abri ».

Hamon : la mise en garde

Une carte vitale et une carte électorale. Ce sont les objets que Benoît Hamon a choisi de brandir à son arrivée sur le plateau. Une carte – et la protection sociale qu’elle symbolise – menacée, a-t-il expliqué, par le programme d’un certain nombre de ses rivaux, à droite.

Offensif, le socialiste l’a ensuite été sur l’Europe, à laquelle il a tenu à consacrer sa carte blanche, et dont il a répété qu’il ne voulait pas « abandonner l’idéal ». L’occasion de mettre en avant son projet, à savoir la création d’une assemblée parlementaire de la zone euro. Mais aussi et surtout de souligner indirectement sa principale différence avec Jean-Luc Mélenchon, qui brandit lui la menace d’un plan B ouvrant la porte à une sortie des traités européens.

« Je n’ai pas envie qu’on joue l’Europe à la roulette russe. Le projet européen est directement menacé », a lancé le candidat, qui est décroché dans les intentions de vote par rapport à son ancien camarade de la France insoumise.

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Offensif, Benoît Hamon le fut aussi dans sa conclusion. Cette fois-ci à l’encontre de François Fillon. Sans le citer, il a raillé ceux « qui veulent choisir les questions et les journalistes ». Puis précisé : « La Russie, ce n’est pas mon modèle ». 

Macron : rattrapé par l’actu

Alors que les candidats défilaient face Léa Salamé et David Pujadas, on a appris jeudi soir qu’un policier avait été tué par balles, sur les Champs-ElyséesInvité à s’exprimer après 22h, Emmanuel Macron a été le premier candidat à s’exprimer, à sa propre initiative, sur cette fusillade, rendant hommage aux forces de l’ordre.

« Je veux utiliser ces quelques minutes pour parler de ce qui s’est passé ce soir. La première mission d’un président, c’est de protéger », a-t-il rappelé dans son introduction. Une phrase qu’il a encore répété dans sa conclusion finale, ajoutant, à l’adresse des Français : « Je veux vous protéger, j’y suis prêt ». A noter qu’au moment où il a fait son apparition sur le plateau, le caractère terroriste de la fusillade n’était pas encore connu.

Lors de son interview, c’est sur l’éducation que le candidat d’En Marche ! a souhaité mettre l’accent, évoquant la possible diminution du nombre d’élèves par classes dans les Réseau d’éducation prioritaire (REP et REP+), « dès la rentrée prochaine ». Il vise des classes de CP et CE1 à 12 élèves dans les zones d’éducation prioritaire, « car c’est là que se concentre l’échec scolaire ».

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Fillon : la tentative de récupération

Dernier candidat à se prêter à l’exercice de l’interview, François Fillon, comme Emmanuel Macron, est revenu sur la fusillade intervenue dans la soirée à Paris. Mais là où l’ancien ministre s’était contenté d’un message de soutien aux policiers, l’ancien Premier ministre s’est fait plus martial, en enquillant sur la lutte contre le « totalitarisme islamique » et ses propositions radicales pour y parvenir, lointain écho aux propositions faites un peu plus tôt par Marine Le Pen.

« Il faut éradiquer tous les mouvements qui sont à l’origine de cette violence. Ce danger est en train de monter partout, du Pakistan jusqu’à l’Afrique occidentale. Il faut accepter de s’allier avec les Russes, les Iraniens, tous ceux qui sont prêts à éradiquer le plus vite possible tous ces mouvements », a-t-il d’abord posé. 

Puis le candidat a expliqué vouloir juger notamment les fichés S pour « intelligence avec l’ennemi ». « Ceux qui partent faire le djihad en Syrie, ils ne reviendront pas. J’utiliserai un article oublié qui permet la déchéance de nationalité que le Front populaire [ce qui est faux, NDLR] avait mis en place », a-t-il encore promis. 

François Fillon a tenu à réagir rapidement à l’actualité tragique de jeudi soir. En jouant la carte de l’émotion, le candidat a témoigné d’un indéniable sens de la récupération, mais au risque de la précipitation, de l’imprécision et du mensonge… Car dans les premières minutes de sa prestation, après avoir rendu hommage au policier tué, le candidat a évoqué « d’autres violences en cours à Paris ». Or de tels faits ont été infirmés par le Préfecture de police… Bien décidé à surfer sur la tragédie de la soirée, François Fillon est allé jusqu’à demander la suspension de la campagne en raison de l’attaque des Champs-Elysées, lors de sa conclusion finale.

Fusillade sur les Champs-Elysées : un policier tué, l’assaillant abattu

Mais aussi : le SMS mystère de Dupont-Aignan

Frapper les esprits en privilégiant les coups médiatiques plutôt que le fond. C’est visiblement la ligne de conduite de Nicolas Dupont-Aignan dans cette campagne. Celui qui avait quitté le plateau de TF1 en pleine interview, le 18 mars dernier, en signe de protestation, a cité sur le plateau de France 2 jeudi soir des messages échangés avec un « grand patron de presse » qui lui aurait suggéré de se retirer au profit de François Fillon. Qui est ce patron de presse ? Le candidat souverainiste ne l’a évidemment pas dit. Ce SMS existe-t-il vraiment ? Impossible de le savoir.

Le journaliste de France info Jean-Michel Apathie a néanmoins fait remarquer sur Twitter que Nicolas Dupont-Aignan avait utilisé face à lui une même rhétorique récemment. Mais il n’avait alors pas présenté son interlocuteur comme un « grand patron de presse », mais comme un dirigeant des Républicains.

Un profil qui correspond à celui de Serge Dassault, propriétaire du « Figaro ». En 2009 déjà, Nicolas Dupont Aignan avait accusé le dirigeant de « l’interdire » du célèbre journal marqué à droite.

Sébastien Billard

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