Accueil | Actualité | Millas : «Il n'y avait rien, ni voyant ni barrière», affirme la conductrice du bus

Millas : «Il n'y avait rien, ni voyant ni barrière», affirme la conductrice du bus

Un mois après l’accident de Millas dans lequel six collégiens ont été tués, un premier rapport d’enquête souligne le bon fonctionnement du passage à niveau et privilégie l’hypothèse d’une barrière fermée au passage du car scolaire. Mais les témoignages sont encore contradictoires. 

En ce 14 décembre, Nadine prend son service à 6 h 40 au dépôt des Transports A. Faur, à Perpignan (Pyrénées-Orientales). La veille, vers 20 heures, comme elle en a l’habitude depuis le décès de son père sept ans plus tôt, elle a pris un somnifère pour mieux dormir. « Il m’arrive de dormir sans », précise toutefois cette femme de 47 ans qu’aucun de ses proches ne décrit comme dépressive ou suicidaire. « Ma fille avait la joie de vivre. Elle rigolait tout le temps », assure ainsi sa mère.

Ex-agente des services hospitaliers et aide-comptable, Nadine a enchaîné les petits boulots avant de débuter une formation dans le transport en août 2016. Une reconversion réussie pour cette mère célibataire qui évoque sa passion pour la conduite. Après une première expérience, elle est embauchée par l’entreprise A. Faur en avril 2017. Son employeur parle d’une femme « équilibrée ». Depuis septembre, elle assure, entre autres, le transport quotidien des élèves du collège Christian-Bourquin de Millas. Le contact avec les enfants la ravit.

LIRE AUSSIDrame de Millas : ce que dit l’enquête

Ce matin-là, Nadine n’hérite pas de son car habituel. Ce n’est que la deuxième fois qu’elle se glisse dans le no 4, mais cela ne la perturbe guère. « J’étais à l’aise. Je change souvent de bus », explique-t-elle aux gendarmes lors de sa garde à vue. Cette femme, qui se décrit comme « méticuleuse et maniaque dans le travail », et détaille sa passion pour « des loisirs qui demandent concentration et patience » comme les puzzles, commence par un tour du véhicule et la vérification des niveaux.

Tour de reconnaissance

Après avoir réglé son siège, ajusté les rétroviseurs et soufflé dans l’éthylotest obligatoire pour démarrer (les analyses ne révéleront pas la présence d’alcool ni de stupéfiants dans son organisme), elle démarre sa journée par le transport de lycéens à Perpignan, enchaîne par un collège puis par des élèves de maternelle à Canet-en-Roussillon. Dans l’après-midi, elle se positionne devant le collège de Millas pour convoyer les ados de Saint- Féliu-d’Avall. Vers 16 heures, 23 élèves montent à bord.

Nadine connaît parfaitement le trajet pour l’effectuer chaque jour depuis la rentrée. Le principal de l’établissement loue son « calme » et sa conduite « attentive ». Elle a certes déjà été verbalisée, mais à une seule reprise, et encore, pour port d’oreillette. Avant d’entamer sa mission, elle qui réside dans le village et connaît donc bien le secteur a même pris le soin de reconnaître le parcours. Au bout d’une route, il y a un cédez-le-passage. Il faut tourner à gauche sur la D 612 et immédiatement franchir le passage à niveau.

« Je vérifie qu’il n’y a pas de feu clignotant. Les barrières sont normalement levées et il n’y a pas de voiture. Il y a un premier bus devant moi », explique-t-elle lors de son premier placement en garde à vue le 15 décembre, le lendemain du drame, alors qu’elle est encore hospitalisée — elle souffre notamment d’une fracture du sternum. Des témoignages certifieront pourtant que son car ouvre le cortège des trois véhicules qui ont quitté le collège par le même trajet cet après-midi-là. « Je n’ai plus de souvenir, indique-t-elle le 20 décembre lorsqu’elle est à nouveau placée en garde à vue et que les gendarmes lui en font la remarque. […] Je ne sais pas si j’ai un bus devant moi. »

Du sang sur l’œil gauche

Le 15 décembre, elle poursuit ainsi son récit : « Je tourne. J’engage la première […] Là il faut aller doucement. Une fois le porte-à-faux bien dans l’axe, je ne risque pas de monter sur le terre-plein ou sur le panneau de signalisation et je réaccélère. Après ça il n’y a plus rien, plus de souvenir. Jusqu’à ce que je me réveille par terre. Après, je ne savais pas où j’étais, je ne comprenais pas. J’avais plein de sang sur l’oeil gauche […] J’ai vu un petit qui était par terre. Après, j’ai regardé un peu plus haut, relate-t-elle en pleurs. J’ai vu le bus découpé avec plein de sièges à découvert. Je ne savais pas que c’était mon bus. J’entendais crier partout […] on m’a dit que le bus s’était fait couper en deux par un train. Je n’avais pas vu de train, je ne comprenais pas. »

 -

Cinq jours plus tard, les gendarmes lui indiquent que « les premiers éléments techniques […] font apparaître que le passage à niveau fonctionne de manière normale ». « Vous êtes en train de me dire que tout a marché et que c’est de ma faute, réplique aussitôt Nadine. Ce que je peux vous dire, c’est que ce jour-là il n’y avait rien, ni voyant ni barrière. » Une affirmation qu’elle réitère à plusieurs reprises. « Je n’ai pas senti d’impact. Je n’ai pas senti que je pliais la barrière », assure-t-elle encore lorsque les enquêteurs lui font part des témoignages allant en ce sens. Aujourd’hui, la conductrice reste hospitalisée dans une unité psychiatrique.

Formels, des automobilistes contredisent la conductrice

Ils sont catégoriques. Comme l’avait indiqué le procureur de la République de Marseille, les occupants de la voiture qui se trouvaient de l’autre côté de la voie ferrée assurent que le dispositif de sécurité a fonctionné. « Je suis formel, confie le passager du véhicule lors de son audition. Le bus, conduit par une femme, a forcé le passage à niveau alors qu’il était fermé et que le signal lumineux clignotant rouge était actif de notre côté. La barrière était fermée en position basse des deux côtés. La conductrice du car roulait à très faible allure et a poussé tout doucement la barrière. » « A une centaine de mètres, nous avons vu le feu du passage à niveau clignoter et les deux barrières s’abaisser, complète le conducteur. […] Alors que nous plaisantions, nous avons vu le premier bus qui ne s’arrêtait pas à la barrière qui se trouvait face à nous. Nous avons été surpris et nous avons vu que la barrière opposée se pliait. Le bus a continué à s’engager et nous a donné l’impression de ne pas voir que la barrière se pliait devant lui. […] Lorsque le bus était bien engagé, le train qui arrivait par notre droite l’a percuté en plein milieu et l’a coupé en deux. »

Ces témoignages ont manifestement pesé lourd pour asseoir la mise en examen de la conductrice du car. Tout comme ceux des deux conducteurs du TER, « unanimes sur le fait qu’ils ont nettement vu le car pousser la barrière, la franchir et avancer sur la voie ferrée », relèvent les enquêteurs. Les gendarmes se montrent en revanche perplexes face aux récits de deux automobilistes qui assurent s’être trouvés de l’autre côté du chemin de fer et qui, eux, déclarent que « les barrières étaient levées ». Les enquêteurs ont relevé des incohérences dans leur récit. Les premiers témoignages des rescapés ajoutent encore à la complexité du dossier. Sur les douze premières auditions, six élèves expliquent n’avoir rien vu. Trois affirment que la barrière était levée, deux ont vu la barrière se baisser et le car la casser. Le dernier dit, lui, qu’elle s’est baissée sur le véhicule avant de se relever..

Lire l'article depuis la source

x

Check Also

Quels sont les succès de Donald Trump après un an de présidence ?

Malgré de fortes oppositions, le président controversé peut se targuer de réalisations qui le rendent ...

Partages