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On a visité l'hôtel de Banksy en Palestine

Oubliez Jésus, l’âne et le bœuf ; c’est vieux tout ça. Vos selfies dans la vénérable église de la Nativité n’auront de toute façon aucun succès sur Instagram. D’autant que ces jours-ci, Bethléem n’a d’yeux que pour son nouveau messie : Banksy.

L’artiste britannique qui parsème depuis plusieurs années la ville palestinienne de ses graffitis insolents vient d’y ouvrir un hôtel-farce, le Walled Off Hotel (« l’hôtel emmuré »), dont le principal argument consiste à promettre à ses clients « la pire vue du monde ».

Difficile, effectivement, de faire plus moche que le mur séparant cette partie de la Cisjordanie du territoire israélien. Situé au pied de l’énorme et menaçante masse grise de l’ouvrage sécuritaire, l’établissement s’en trouve plongé dans une demi-obscurité permanente.

« Le but est de raconter l’histoire du mur de séparation », assure Banksy dans un communiqué.

Une chambre du Walled Off Hotel

Le roi du street art détourne l’insoluble conflit

Il le fait à sa manière, ironique, offrant au narratif palestinien ce qui lui faisait cruellement défaut : l’humour. Le Walled Off Hotel est en effet un doigt d’honneur facétieux à la présence militaire israélienne.

Le lobby aux allures de club de gentlemen londoniens ainsi que les neuf chambres fourmillent de créations du roi du street art détournant les images symboliques de l’insoluble conflit.

Ce buste façon Rome antique suffoquant sous les gaz lacrymogènes, par exemple. Ou ce paysage à la Vermeer fracassé par un bulldozer D9 de Tsahal. Ou encore ce Christ marqué au front par le point rouge du viseur d’un sniper.

Evidemment, c’est un succès. Pris d’assaut par les fans de l’artiste, les pèlerins en goguette et de jeunes Occidentaux romantiques enveloppés dans leur keffieh (le keffieh étant à la Palestine ce que le béret est à la France – un cliché), l’hôtel affiche complet pour les trois prochains mois.

La suite "présidentielle" au Walled Off Hotel

Pierres contre grenades lacrymogènes, la routine

Une aubaine pour les boutiques de souvenirs du quartier, qui se sont empressées de troquer les colifichets religieux pour des reproductions des pochoirs de Banksy.

Il ne faut en tout cas pas manquer le five o’clock tea. Service en porcelaine et nappe de dentelle. Personnel charmant. Le piano à queue joue – seul – des morceaux composés spécialement par Tom Waits ou Massive Attack. Très chic ; et aussi improbable qu’un goûter chez la famille Addams.

Mais le second degré British est-il taillé pour la rude réalité moyen-orientale ? Un indice : venu de Londres, le manager du Walled Off semble déjà à bout.

Il faut dire que dehors, la chaussée est défoncée, que les égouts débordent à gros bouillons et qu’au coin de la rue une manifestation est justement en train de tourner à l’échauffourée avec les gardes-frontières israéliens. Pierres contre grenades lacrymogènes : la routine.

Vite, on baisse le rideau de fer de l’hôtel. Les yeux piquent et il fait soudain nuit en plein jour. Les clients sont un peu inquiets. Fini de rire.

Hadrien Gosset-Bernheim

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