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Réponse à Joann Sfar : non, les Insoumis ne sont pas totalitaires !

« Les méthodes des partisans de Mélenchon sont dégueulasses ». C’est signé Joann Sfar qui décrit dans Le Monde un univers totalitaire où l’on s’autocensure pour échapper à des hordes robotisées obéissant aveuglément à un bureau politique nommé Discord Insoumis. Sfar, sans citer ses sources, révèle qu’on lui a dit que les Insoumis pratiquaient « un matraquage comme même l’extrême droite n’a jamais osé. » Alors que la campagne présidentielle la plus indécise que la cinquième République ait connu entre dans ses dernières heures, ce sont des choses que nous ne pouvons pas laisser sans réponse. Revenons donc sur ces accusations invraisemblables.

Tout commence par quelques dessins moquant le culte de la personnalité qu’entretiendrait Jean-Luc Mélenchon mais aussi, plus sérieusement, ses convergences prétendues avec Marine Le Pen. Joann Sfar est bien sûr libre de penser ce qu’il veut de la France Insoumise. Mais comment une personnalité publique peut-elle publier un dessin qui accuse Mélenchon de « regarder ailleurs quand Bachar gaze des gosses » sur une page Facebook qu’il a voulue publique, sur laquelle il a 40 000 « amis », et s’étonner que « des centaines de pseudos dont [il] n’avait jamais entendu parler » viennent exprimer leur indignation ? Cette réaction tout-à-fait prévisible l’a cependant « tellement énervé » que Sfar dit s’être « documenté sur le programme de Mélenchon ». Comment a-t-il procédé ? Il est allé sur youtube où il a vu la vidéo virale de Clémentine Autain piégée par les journalistes de RTL sur la politique internationale de Mélenchon. Sfar s’est, autrement dit, laissé prendre à un coup monté. Ainsi l’effort de documentation de Sfar n’at-t-il abouti qu’à lui faire proférer une énormité : Mélenchon veut intégrer la France dans une alliance militaire avec la Syrie, la Russie, Cuba et le Venezuela contre les Etats-Unis. Nous osons espérer que chacun sait désormais que c’est faux.

La cabale autour de l’ALBA est précisément le genre d’événement face auquel les Insoumis ne peuvent compter que sur les réseaux sociaux pour contre-attaquer. Il ne s’agit pas de Sfar mais d’un mensonge qu’il amplifie par sa notoriété : c’est un fait de campagne. Découvrant qu’une plate-forme militante invite les Insoumis à faire de la « désintox », Sfar fait d’un substantif un verbe et s’imagine que ses interlocuteurs veulent le « désintoxiquer » : le fact-checking devient rééducation Stalinienne pour Sfar qui ne distingue plus le virtuel du réel, s’étonne que les posts arrivent « à toute heure du jour et de la nuit » et croit vivre l’expérience des dissidents communistes arrêtés au milieu de la nuit par le KGB. S’ensuit un débat dans lequel l’une de nous (Mélaka) sera partie prenante, non parce qu’elle est mandatée par la Tcheka mais parce qu’auteur de bande dessinée, elle connaît Joann Sfar depuis quinze ans et qu’ils sont amis sur Facebook. Ce débat, nous ne l’avons pas vécu comme lui.

Le fact-checking devient rééducation Stalinienne pour Sfar qui ne distingue plus le virtuel du réel.

Nous avons vu Sfar ne rien céder aux réponses qui lui étaient faites, le plus souvent sur un ton affable et même affectueux : il compte apparemment parmi ses lecteurs beaucoup d’Insoumis qui ne comprenaient pas qu’il puisse torpiller la seule candidature de gauche à même de l’emporter. Nous avons vu le débat s’envenimer, comme c’était prévisible. Il ne vient pas à l’esprit de Sfar de fermer sa page aux commentaires ; il ne comprend pas que s’il décide de dialoguer avec le monde, il est normal que celui-ci lui réponde. Il n’est pas tout seul : d’autres centaines de pseudos viennent lui prêter main-forte. Qu’on lise ce qu’ils disent des Insoumis et on verra que les violents ne sont pas ceux que l’on croit. Mais le plus étonnant, c’est que la rage de Sfar et de ses amis va finir par tourner à vide. Sous ses derniers dessins et statuts se forment des fils de commentaires où des centaines de dénonciations de la « secte » toutes plus injurieuses les unes que les autres jouxtent quelques timides prises de parole d’Insoumis qui tentent encore de démonter l’affaire. Ainsi se forme une meute réelle contre une meute imaginaire. Un commentaire antisémite ayant été fait sur sa page, Sfar en fait un échantillon représentatif bien que tous les Insoumis sur la page l’aient condamné, et la machine s’emballe : au procès en totalitarisme s’ajoute celui en antisémitisme, repris et amplifié par un texte ignoble auquel Gérard Miller a dû répondre dans Libé.

Dans cette lutte d’un homme contre ses fantasmes, c’est bien Sfar qui dispose des moyens d’une forme de police politique : L’Express, Le Parisien, Le Point, Ouest-France, le Huffington Post, L’Obs, Europe 1, Time of Israel, VSD, Nice Matin, Marianne, L’Important, c’est-à-dire la sphère médiatique dans sa quasi intégralité relaie ses griefs et sa dénonciation de la « secte ». Nous observions tout cela sans rien dire. Nous savions que toute défense était impossible : elle serait immanquablement interprétée comme une nouvelle preuve de notre obstination. Nous savions l’idée que nous sommes d’illuminés partisans d’un dictateur trop bien ancrée dans les esprits pour que nous puissions être entendus. Entre l’expérience de Sfar qui s’est attiré une volée de réfutations à des accusations absurdes proférées sur les réseaux sociaux et la nôtre qui voyons tout ce que la toile possède d’acteurs institutionnels nous flétrir sans aucun moyen de réponse, je demande laquelle s’approche de l’idée qu’on se fait d’un monde totalitaire.

Dans cette lutte d’un homme contre ses fantasmes, c’est bien Sfar qui dispose des moyens d’une forme de police politique

La colonne de Sfar n’est qu’une des innombrables attaques dont la France Insoumise est l’objet depuis que Jean-Luc Mélenchon eut le front de percer dans les sondages. Peut-être aurez-vous une pensée pour les Insoumis qui ne souhaitaient que défendre un programme, qui se trouvent acculés à défendre un homme et qu’on accuse ensuite de culte de la personnalité dans des termes qui dépassent toute mesure : ainsi de ce lecteur du Monde qui nous compare aux tueurs de Charlie Hebdo vengeant leur dieu. Nous demandons pourtant : de Sfar, qui brocarde Mélenchon et les Insoumis, et de nous qui avons adapté L’Avenir en Commun en bande dessinée, qui cède à la personnalisation ? Sans avoir l’audience de Sfar, nous avons du moins pour nous de connaître un programme sur lequel il s’est « documenté » sur youtube. C’est un programme porteur d’espoir qui a mobilisé des centaines de milliers de gens dans un mouvement populaire comme la France n’en a pas connu depuis longtemps.

Non, la France Insoumise n’est pas une secte : ce sont des heures d’auditions programmatiques et d’universités populaires mises en ligne et visionnées des centaines de milliers de fois par des militants qui ne scandent jamais le nom de leur candidat en meeting. La France Insoumise eut même l’honnêteté de conclure l’émission de cinq heures consacrée au chiffrage du programme par une discussion avec trois journalistes économiques libéraux. Si vous la regardez, vous entendrez Ghilaine Ottenheimer (Challenge) louer cette initiative « moderne » et « audacieuse ». Hedwige Chevrillon (BFM Business) la compare au mouvement « slow food » parce qu’elle donne l’occasion trop rare de réfléchir posément. Marc Landré (Le Figaro) complimente la France Insoumise de se soumettre si honnêtement à la critique. Ce fut un beau moment de politique – mais c’était avant.

Avant que la possibilité d’une victoire de la France Insoumise ne mobilise la quasi-totalité de la presse. Avant les campagnes de diffamation virales et les attaques ad hominem. Nous disposons cependant de quelques alliés : les ONG qui ont passé au crible les programmes des candidats et donnent au nôtre la première place. Nous concluons donc par une série de question que nous avons déjà posée sur ces réseaux sociaux dont il faut bien que nous fassions usage puisqu’ils sont notre seul espace d’expression.

Mélenchon, un dictateur ? Qui croirez-vous : Libération ou Amnesty ?

Sur l’écologie, croirez-vous Le Monde ou Greenpeace ?

Sur le social : Le Figaro ou Oxfam ?

Sur la santé : BFMTV ou Action Santé Mondiale ?

Sur la solidarité : L’Express ou le Secours Catholique ?

Sur la justice : Le Point ou les avocats au barreau de Paris ?

Sur l’énergie : France 2 ou le National Geographic ?

Sur la santé publique : Challenge ou sept experts indépendants ?

Sur le développement international : Les Echos ou Action Contre la Faim ?

Sur la culture : France Info ou Profession Spectacle ?

Sur la condition animale : RTL ou Ethique Animaux ?

Dans tous ces domaines le programme « L’Avenir en Commun » est le mieux noté. Il est également plébiscité par des entrepreneurs, des économistes, des intellectuels et même le New York Times. Richard Stallman, père fondateur des logiciels libres, appelle à voter Mélenchon. Des figures de la gauche Américaine regrettent amèrement la défaite de Bernie Sanders et nous exhortent à saisir notre chance. Nous n’en finirions pas d’énumérer ceux qui espèrent en la victoire d’une gauche de rupture dans la cinquième puissance mondiale parce qu’ils y voient une opportunité d’enrayer enfin la mécanique infernale du néolibéralisme, des inégalités, de la xénophobie et du désastre écologique. Ils ne sont évidemment pas soumis à Mélenchon mais ils sont insoumis, comme nous le sommes, à un ordre du monde qu’il est urgent de transformer. L’opportunité nous en sera donnée dimanche

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