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Samuel Fuller, l'ami américain à la Cinémathèque française

Pour célébrer le vingtième anniversaire de la disparition du cinéaste de Shock Corridor, la Cinémathèque française, trois livres ainsi qu’un documentaire inédit de la fille du réalisateur rendent un bel hommage à celui qui fut idolâtré par la Nouvelle vague.

Pour les uns, il est inoubliable dans Pierrot le fou, en 1965, où, l’espace d’un film de Godard, il donne la réplique à Jean-Paul Belmondo, déclarant sans ambages: «Je suis venu tourner un film à Paris, Les Fleurs du mal Pour d’autres, il est une figure tutélaire, entre folie et sagesse, surgie du film de Wim Wenders L’Ami américain, en 1977.

Pourtant, Samuel Fuller (1912-1997) reste l’un des grands cinéastes indépendants américains capables de signer des polars noirs tel Les Bas-Fonds new-yorkais (Underworld USA, 1960), aussi perturbants que sensationnels, mais aussi des fresques guerrières intimistes comme Au-delà de la gloire (The Big Red One , 1980), sans oublier le surprenant et marquant Shock Corridor, sorte de thriller carcéral oppressant situé au cœur d’un asile psychiatrique, douze ans avant Vol au-dessus d’un nid de coucou.

L’homme comme le cinéaste était remarquable en tout point. On l’apprend dans le formidable documentaire inédit réalisé par sa fille Samantha, A Fuller Life (sorti chez Carlotta), Fuller fut à la fois un jeune journaliste d’investigation new-yorkais plein de hargne et un écrivain fructueux à Hollywood, qui choisit de délaisser une vie facile pour s’engager dans l’infanterie américaine, en décembre 1941, juste après avoir entendu à la radio l’attaque de Pearl Harbor. Samuel Fuller fut ainsi le seul soldat à avoir participé au débarquement en Normandie et recréé cette emblématique bataille au cinéma dans un film de quatre heures, qui fut projeté en ouverture du Festival de Cannes en mai 1980.

Adulé par François Truffaut, Godard, Chabrol, respecté par John Cassavetes ou William Friedkin, l’œuvre de Fuller ne demande aujourd’hui qu’à être redécouverte.

The Big Red One fut en quelque sorte l’œuvre au noir de Fuller. Tourné en Israël pour 4 millions de dollars, ce chef-d’œuvre est à redécouvrir d’urgence. Alors que les plus jeunes découvraient Luke Skywalker dans La Guerre des étoiles , Fuller confia à Mark Hamill le rôle de Grif, le soldat qui ne voulait pas tirer, face à l’imposant Lee Marvin. Adulé par François Truffaut, Godard, Chabrol, respecté par John Cassavetes ou William Friedkin, l’œuvre foisonnante, innovante, lyrique et vive de Fuller ne demande aujourd’hui qu’à être redécouverte. Trois livres paraissent, permettant d’apprivoiser les films de ce réalisateur farouchement indépendant, amoureux de la liberté, qui, lorsqu’il arriva au camp de concentration de Falkenau, filma l’horreur avec sa caméra portative 16 mm Bell & Howell.

Cinéaste prolifique, multifacette, audacieux, alignant une filmographie atypique, libre, où se côtoient autant de films de guerre que de westerns, de polars noirs que de films de genre, Fuller est le parangon du réalisateur estampillé «pop culture», avant même que le terme ne soit inventé. Franc-tireur à Hollywood, marginal et fier de l’être, il osa même s’inviter dans la loge de Marlene Dietrich après un de ses spectacles pour les troupes américaines et britanniques, en 1944, et demanda à l’éternelle Lili Marleen qu’elle transmette à son agent Charles K. Feldman (qui était également celui de Fuller) un seul mot: «Cigares». Lorsque l’intéressé en reçut une pleine boîte sur le front, il sut que «l’Ange bleu» avait transmis son message à l’un des plus puissants producteurs de Hollywood. Et l’on comprend que l’exubérant Samuel Fuller aurait tout fait pour des cigares!


À lire

Samuel Fuller, le choc et la caresse , éd. Yellow Now, 352p. 38€.

Samuel Fuller, un homme à fables , par Jean Narboni,  éd. Caprici, 160p., 18€.

Samuel Fuller jusqu’à l’épuisement , par Frank Lafond,  éd. Rouge profond, 352p., 45€.

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