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Suite à la polémique, la réédition de la bande dessinée Bamboula est annulée

Les Éditions de Varly souhaitaient rééditer en février la bande dessinée au héros noir datant de 1951. Suite aux nombreuses critiques, son éditeur vient d’annoncer dans un communiqué avoir finalement renoncé au projet.

Dans la lignée de l’«affaire» Céline, la réédition des Aventures de Bamboula ne se fera pas. Affecté par la polémique jugeant la bande dessinée raciste, l’éditeur Georges Fernandes a d’abord confié à Jeune Afrique ne vouloir «blesser personne» et réfléchir à annuler la parution du premier tome. Aujourd’hui, après une forte mobilisation sur le net et une pression jugée trop forte, il a adressé un message à France Info , dans lequel il annonce renoncer à cette parution.

Tout a commencé par un article du site ActuaLitté qui s’étonnait de la volonté de rééditer cette série. La nouvelle a provoqué un tollé sur la toile, où de nombreux internautes ont posté des commentaires pour s’opposer au projet.  «Je ne veux pas qu’une BD raciste soit rééditée, On ne peut pas laisser faire ça, «C’est de la provocation», pouvait-on lire sur les réseaux sociaux…

La raison de cette colère? L’idéologie colonialiste qui imprègne cette bande dessinée œuvre. Créée après la Seconde Guerre mondiale, elle est centrée sur Bamboula, petit garçon originaire «d’un pays d’Afrique noire» qui arrive en France, où «il va devoir apprendre et comprendre ce monde qu’il ne connaît pas».

Le héros parle un français très approximatif: «Ti vas voir Midame si ça y’en a fameux poulet rôti à li mode di chez nous». Du «petit nègre», comme l’on disait jadis. Et son comportement inadéquat face au monde «civilisé» est la source principale de gags caricaturaux. Même si les personnages blancs de la série sont violents, égoïstes, et intolérants, l’accent est porté sur le décalage de «Bamboula» qui sert de ressort comique.

Son nom, «Bamboula», est lui-même porteur du mépris des Français à l’égard des personnes noires. D’après la linguiste Marie Treps, avec l’arrivée des tirailleurs sénégalais sur le front en 1914, le terme renvoie alors à «une imagerie alliant sauvagerie, cannibalisme, sexualité animale et rire, naïveté enfantine supposée des soldats noirs».

Une bande dessinée «à l’inverse du racisme»

«Je pense que c’est le bon moment pour republier ces aventures, dans une société française toujours raciste», expliquait alors l’éditeur Georges Fernandes. La bande dessinée est, selon lui, «à l’inverse du racisme.»

Selon l'éditeur, la bande dessinée est «à l'inverse du racisme».
Selon l’éditeur, la bande dessinée est «à l’inverse du racisme». ActuaLitté, CC BY SA 2.0

Il faut dire qu’en 1980, le festival d’Angoulême consacrait une rétrospective à l’œuvre de Mat, le dessinateur de Bamboula. Dans cette lignée, les Éditions de Varly, spécialisées dans la réédition d’anciens albums, ont commencé à rééditer en 2017 l’intégralité de son travail. L’éditeur confiait d’ailleurs à ActuaLitté que cela représentait «une centaine d’albums».

Toujours d’après Fernandes, la création du personnage de Bamboula était un moyen pour l’auteur de «mettre en avant la bêtise humaine de la société moderne». Une note indique tout de même sur le site d’Amazon que «le terme ‘‘Bamboula » est une insulte en France. Personne ne devrait dire le contraire». Cependant, l’éditeur y précise que Mat «aimait faire rire les enfants et détestait l’injustice» et qu’il «a voulu prendre à contresens les idées de son époque.»

La maison d’édition évite le tribunal

Très réactif, le chanteur, producteur et présentateur de RFI, Claudy Siar, a été le premier à partager l’affaire sur les réseaux sociaux et à demander le retrait du projet: «Si cette maison d’édition ose aller jusqu’au bout de son projet, je débarque dans leurs locaux et ça va chauffer!» Claudy Siar a assuré que «la liberté d’expression ne leur sera d’aucun recours devant ma colère et les tribunaux».

D’autres se sont par la suite manifestés, comme Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélanchon.

«Nous présentons nos sincères et réelles excuses à ceux qui les acceptent», a déclaré aujourd’hui Georges Fernandes dans son communiqué. Il a tout de même noté qu’il est «peut-être plus facile de s’en prendre à un petit éditeur spécialisé dans le patrimoine». Probablement une référence aux pamphlets antisémites de Céline, dont le projet de publication par Gallimard n’a été que «suspendu»…

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