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Syrie : l'administration de Donald Trump ne sait plus où donner de la tête

C’est un revirement de taille. Plus exactement, c’est un double revirement de taille, qui revient à un retour à la case départ et interroge sérieusement sur la stratégie américaine en Syrie : y-a-t-il encore un diplomate pour piloter l’avion US ? Ce mardi 4 avril, l’opposition syrienne accuse Bachar al-Assad d’être à l’origine d’un raid aérien, à Khan Cheikhoun dans le nord-ouest de la Syrie, tuant au moins 58 personnes selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), source basée à Londres régulièrement citée par les médias occidentaux. Surtout, l’opposition accuse Damas d’avoir utilisé des armes chimiques causant la mort de 11 enfants au moins, décédés sous l’effet d’un « gaz toxique ». Sur les réseaux sociaux, les vidéos terribles de jeunes enfants, une bave blanche à la commissure des lèvres et suffoquant bruyamment avant de rendre l’âme, se multiplient. Des images relayées abondamment par les comptes Twitter liés à l’opposition syrienne.

Le jour-même, le Quai d’Orsay réagit par la voix de Jean-Marc Ayrault pour condamner « avec force cet acte ignoble », rappelant que « l’utilisation d’armes chimiques constitue une violation inacceptable de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques (CIAC) et un nouveau témoignage de la barbarie dont le peuple syrien est victime depuis tant d’années ». Le ministre français des Affaires étrangères appelle également à « la convocation d’une réunion d’urgence du conseil de sécurité des Nations unies ». François Hollande, de son côté, fait partir un communiqué dans lequel il accuse le régime syrien d’avoir utilisé des armes chimiques : « Une fois encore le régime syrien va nier l’évidence de sa responsabilité dans ce massacre ». Le président de la République dénonce également « la complicité de ses alliés » qui permet à Bachar al-Assad de « bénéficier d’une impunité ».

Outre-Atlantique, la réaction est encore plus virulente. Donald Trump, par la voix de son porte-parole, dénonce lui aussi une « attaque chimique perpétrée en Syrie contre des innocents, y compris des femmes et des enfants ». Surtout, il estime que « cet acte odieux du régime de Bachar al-Assad est la conséquence de la faiblesse et du manque de détermination de l’administration précédente« . Une mise en cause rare d’un ancien président américain par son successeur sur le terrain diplomatique.

En une semaine, Trump change radicalement de position sur Al-Assad

Mercredi 5 avril, au cours d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU pour discuter d’une résolution déposée par les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni condamnant l’attaque chimique et réclament une enquête rapide. L’ambassadrice américaine Nikki Haley brandit des photos d’enfants victimes de l’attaque : « Regardez ces images, combien faudra-t-il que d’enfants meurent encore pour que la Russie bouge ? La vérité, c’est que la Russie, Assad et l’Iran ne croient pas à la paix ». Puis, solennelle, elle lâche : « Lorsque les Nations unies faillissent continuellement à leur devoir d’agir collectivement, il y a des moments dans la vie des nations où nous sommes contraints de mener nos propres actions ». Soit une menace d’intervention américaine unilatérale contre le régime syrien.

Surprenant, alors qu’il y a à peine une semaine, le 30 mars très exactement, la même ambassadrice affirmait qu’il fallait « choisir ses batailles. Quand vous regardez la situation, il faut changer nos priorités, et notre priorité n’est plus de rester assis là, à nous concentrer sur faire partir Assad ». Un premier revirement diplomatique de taille, l’administration de Barack Obama ayant toujours soutenu que l’avenir de la Syrie se ferait sans le dictateur syrien. Une position que la France avait faite sienne, Jean-Marc Ayrault expliquant que « si on veut la paix et la sécurité durables en Syrie, il ne faut pas seulement l’option militaire, il faut l’option politique et l’option politique, c’est la négociation pour une transition ». Avec l’actuel président, donc.

Ce nouveau changement de pied a donc légèrement agacé l’ambassadeur français à l’ONU, François Delattre qui, en anglais pour être bien compris de tous lors de la réunion du Conseil de sécurité, a précisé : « Franchement, nous avons également besoin d’une Amérique qui s’engage sérieusement en vue d’une solution en Syrie et mette tout son poids derrière. Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? ». Manière de souligner l’instabilité des Américains ces dernières semaines.

Franchement, nous avons besoin d’une Amérique qui s’engage sérieusement en vue d’une solution en Syrie.

François Delattre, ambassadeur de la France à l’ONU

Une impatience diplomatique qui s’explique par la position risquée prise par la France. François Hollande, qui a pris goût au rôle de chef des armées, le seul dans lequel les Français lui ont toujours su gré, s’est particulièrement avancé sur cet événement, réclamant tout à la fois « une enquête » sur les bombardements survenus mardi et, sans attendre les conclusions, prophétisant que « des sanctions seront prises par rapport au régime syrien. »

L’incertitude demeure sur le rôle du régime syrien

Or, outre les dénégations du régime syrien affirmant qu’il « n’a pas utilisé et n’utilisera jamais » des armes chimiques contre son propre peuple, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que les Américains ne pouvaient pas avoir d’information « objective » sur ce « crime monstrueux ». « Juste après la tragédie, personne ne pouvait avoir accès à cette zone. Ainsi, toute information dont la partie américaine pouvait disposer (…) ne pouvait pas être fondée sur des matériaux ou témoignages objectifs », a-t-il affirmé ce jeudi 6 avril, mettant en garde contre toute « conclusion précipitée ». Le ministère de la Défense russe a précisé également dans un communiqué que « selon les données objectives du contrôle russe de l’espace aérien, l’aviation syrienne a frappé près de Khan Cheikhoun un grand entrepôt terroriste, un atelier de fabrication de bombes, avec des substances toxiques ».

Une thèse qui pourrait être tout a fait être crédible. Depuis 2011, des éléments de la rébellion ont déjà utilisé des armes chimiques à plusieurs reprises. Le 7 avril 2016, le groupe Jaysh al-Islam le reconnaissait à demi-mot dans un communiqué indiquant que lors « d’affrontements avec des YPG (Kurdes de Syrie, ndlr) pour le contrôle du quartier de Sheik Maksoud (situé dans le nord d’Alep, ndlr) (…), un des leaders de Jaysh al-Islam d’Alep a utilisé des armes qui ne sont pas autorisées dans ce genre de confrontations ».

Interrogé mercredi sur France Culture, Frédéric Pichon, chercheur spécialiste de la Syrie et des minorités, a pointé la précipitation « des chancelleries pour réaffirmer leur désir de voir Assad partir », notant que si « cette armée syrienne utilise des méthodes brutales (…), il faut accorder à Assad une chose, c’est qu’il n’est pas complètement débile et suicidaire. Etant donné le rapport de force actuel, étant donné les gains politiques de Damas depuis la reprise d’Alep (…),o n ne peut pas ne pas se poser la question sur l’opportunité d’une telle attaque ». Le chercheur notant que pour la province d’Idleb aux mains de la rébellion, l’état-major de Bachar al-Assad faisait plutôt le pari de laisser les groupes rivaux, en proie à une guerre fratricide, « se massacrer » les uns les autres.

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