Accueil | Actualité | Tourner avec des adultes trisomiques m'a rendue plus tolérante

Tourner avec des adultes trisomiques m'a rendue plus tolérante

En tant que réalisatrice de documentaires, travailler avec des personnes atteintes de trisomie 21 m’a appris plusieurs choses. Il s’agissait dans un premier temps de tourner moins vite. Les mouvements étaient différents, le rythme plus lent, ce qui me permettait d’observer plus intensément la réalité et de suivre la plupart de leurs actions avec la caméra. Mon équipe et moi avons donc appris à faire preuve de patience, ce qui nous sera utile à l’avenir. Dans mon métier, il faut attendre que la réalité se révèle à nos yeux, ce que j’ai pu développer en travaillant avec des personnes atteintes du syndrome de Down. Par ailleurs, mon rôle de cinéaste est de montrer d’autres types de visages à l’écran. Plutôt que de toujours donner à voir les mêmes têtes, le cinéma doit faire découvrir d’autres territoires et mettre en lumière des réalités que nous ne voyons pas au quotidien.



Maite Alberdi

Je voulais montrer qu’aujourd’hui, les personnes souffrant de trisomie atteignent l’âge adulte. Leur espérance de vie est passée de 25 ans à 60 ans mais la société continue de les considérer comme des enfants, et je voulais attirer l’attention là-dessus. Beaucoup sont devenus adultes, mais on ne leur laisse pas la possibilité de vivre en tant que tels. Le film rend visibles ces adultes, afin que nous cessions de les voir comme des enfants.

Ma vision du sujet a beaucoup changé depuis le tournage, notamment parce que je considérais les personnes atteintes du syndrome de Down comme un groupe homogène. Mais ce n’est pas le cas. J’ai appris que chacune avait son identité. J’en ai eu marre d’entendre dire qu’elles étaient « aussi douces et innocentes qu’un ange » parce que ce n’était pas ce que j’observais. Je voyais un groupe d’individus comme un autre: certains ont un bon caractère, d’autres non, et chacun a des centres d’intérêt et des rêves qui lui sont propres. J’ai donc compris que j’avais tendance à généraliser et il me semble que c’est ce que fait souvent la société avec les personnes atteintes de handicap.

Cela m’a également aidée à être plus tolérante. Même les sujets de mon film avaient du mal à supporter certains de leurs camarades. Des affinités se créaient, de la distance aussi, comme dans n’importe quel groupe social. Du reste, ma perception a évolué sur l’ampleur de la contradiction actuelle: je veux que tous les pays donnent la possibilité aux parents de choisir s’ils veulent garder leur enfant ou non. Je suis favorable à l’avortement mais c’est illégal au Chili, ce qui fait que le nombre d’enfants naissant avec un handicap est plus élevé en Amérique latine qu’en Europe. Comme la natalité est élevée, il n’y a pas de système de sécurité sociale pour leur garantir une vie décente, ce qui aggrave le problème. Dans certains pays d’Europe, notamment en France, les personnes handicapées bénéficient d’une protection sociale et peuvent aspirer à une vie décente. Pourtant, le nombre de naissances d’enfants handicapés a considérablement diminué, ce qui m’amène à me demander si des personnes atteintes du syndrome de Down viendront encore au monde dans 40 ans. Le choix est important, mais je pense que notre modèle social nous impose une certaine vision des enfants qui ne laisse aucune place à la diversité, la surprise et d’autres formes de bonheur.

Traduit par Chloé Delhom pour Fast for Word.

Lire aussi :

« Le message d’espoir de l’héroïne trisomique du téléfilm ‘Mention particulière' »

« Ce que je voudrais expliquer à ceux qui disent à quelqu’un ‘t’es triso ou quoi?' »

Ces footballeurs atteints de trisomie 21 cherchaient des adversaires, ils en ont trouvé un

Pour suivre les dernières actualités sur Le HuffPost C’est La Vie, cliquez ici

Deux fois par semaine, recevez la newsletter du HuffPost C’est La Vie

Retrouvez-nous sur notre page Facebook

À voir également sur Le HuffPost:

Lire l'article depuis la source

x

Check Also

Que Macron fête son anniversaire à Chambord ne plaît pas à tout le monde

POLITIQUE – Peut-être ont-ils cru qu’il allait passer le week-end dans le château? Quand ils ...

Partages