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Très attendu à la COP23, Macron peut-il sauver l'Accord de Paris?

COP23 – Il est attendu « comme le Messie ». Dix jours après le début de la COP23 à Bonn en Allemagne, une vingtaine de chefs d’états se retrouvent ce mercredi 15 novembre pour la seconde phase de négociations. Et Emmanuel Macron concentre toutes les attentions.

Il faut dire que le président de la République a plusieurs fois marqué les esprits sur la question climatique, en grande partie grâce à l’aide involontaire de Donald Trump. Les positions climato-sceptiques du président américain ont donné toute latitude à son homologue français pour s’ériger en défenseur du climat, notamment avec son « Make our planet great again », d’ailleurs repris par Arnold Schwarzenegger.

Plus récemment, à la tribune de l’ONU au mois de septembre, Emmanuel Macron a répondu point par point au discours de Donald Trump, sans jamais le nommer pour autant.

« Il y a effectivement cette attente internationale très forte parce que depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron veut se mettre dans une posture de leadership au niveau international », explique Lucile Dufour de Réseau Action Climat au HuffPost. Elle souligne de plus le nombre réduit de chefs d’état attendus à Bonn -une petite vingtaine- mais aussi la place de « gardien de l’Accord de Paris » prise par la France depuis 2015.

Avec l’arrivée des chefs d’état ce mercredi, la COP23 entre enfin dans une phase décisive. « Dans la première semaine, on est beaucoup dans les jeux de posture. La seconde semaine est plus politique, et elle est décisive pour que les pays développent des positions constructives pour la suite. »

Le dirigeant français doit s’exprimer après la chancelière allemande Angela Merkel, dont le discours est également très attendu.

Après la COP21, le lent déclin?

En décembre 2015, la COP21 s’achevait dans l’euphorie. Après d’interminables discussions, 180 pays signaient l’Accord de Paris, perçu comme « un tournant historique » dans la lutte contre le réchauffement climatique.

La COP23 connaitra-t-elle le même succès? Son enjeu est en tout cas aussi crucial que celui qui se jouait il y a deux ans: les états doivent mettre sur pied le « manuel d’application » de l’Accord de Paris, avec en ligne de mire l’objectif de 2°maximum du réchauffement. Des financements promis par les états pour lutter contre le réchauffement climatique, ainsi que la transparence des actions mises en place et leur bilan sont également sur le tapis, dans le but de faire évoluer la situation en fonction des derniers constats scientifiques sur l’état de notre planète.

Des détails, comparés à la signature de l’Accord de Paris, mais qui ont toute leur importance: « En fait, on est entrain de régler tous les détails d’applications. Et c’est dans ces détails-là que se cache la possibilité ou non pour l’Accord de Paris d’être appliqué sur les prochaines années. »

Mais dimanche 12 novembre, le chef de la délégation suisse Franz Perrez a jugé le début du sommet « laborieux ». Lucile Dufour nuance: « On a avancé de manière hétérogène sur le manuel d’application de l’Accord de Paris. En revanche sur le processus qui doit permettre aux pays d’augmenter leur promesse climatique, la présidence des îles Fidji a bien réussi: elle est parvenue à ce que tous les pays soient rangés derrière ses propositions dans ce qu’on appelle « le dialogue de Talanoa » qui prône une participation active, ouverte, et constructive. C’est quelque chose qui peut nous permettre d’avancer l’année prochaine et par la suite », analyse-t-elle.

De la concrétisation

En parlant d’avancées, quelles sont les attentes vis-à-vis d’Emmanuel Macron? Devant l’ONU, le président a répété ses priorités: hors de question de « renégocier » ou de « détricoter » l’Accord de Paris, même si « la porte (sera) toujours ouverte aux Etats-Unis ». A cela s’ajoutent « 5 milliards d’euros par an à l’action sur le climat d’ici 2020 ». « La nature nous rappelle à l’ordre. Nous sommes tous frappés par l’emballement du climat « a insisté le président, qui a convoqué un sommet sur le climat dans la capitale française à la date même où l’Accord de Paris avait été signé deux ans plus tôt.

Mais au-delà des « beaux discours », ce sont des actions concrètes qu’attendent aujourd’hui les défenseurs de l’environnement.

« Maintenant la question qui va se poser, c’est comment Emmanuel Macron va transformer ses discours en leadership concret au niveau international et aussi dans les politiques nationales », confirme Lucile Dufour.

Pour commencer, le président de la République va devoir se mettre dans l’ambiance. « Il est important qu’il se réinscrive dans le contexte de la COP23. Tous les pays sont arrivés ici il y a dix jours, avec un constat qui était celui de l’urgence absolue, qu’il fallait accélérer les actions de lutte contre le changement climatique parce que tous les signaux sont au rouge. Si on ne rectifie pas le tir dans les deux prochaines années, on réduit à zéro les chances d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Donc, il faut agir maintenant et très vite avec des politiques beaucoup plus ambitieuse. Ce signal doit être envoyé par Emmanuel Macron dans son discours. »

Il est aussi attendu sur les notions de « solidarité climatique », c’est-à-dire l’aide (principalement financière) que la France peut apporter aux populations qui subissent déjà les conséquences du réchauffement climatique. La présidence des îles Fidji doit d’ailleurs attirer particulièrement l’attention sur ce point.

Le bilan climatique de la France est aussi un sujet qui s’impose, selon Réseau Action Climat. « C’est quelque chose que l’on attend, parce que l’accord de Paris, ce n’est pas seulement ce dont on discute ici ou à l’ONU. C’est aussi la manière dont on l’applique à l’échelle nationale. Là-dessus, la France, au même titre que tous les pays, doit rendre des comptes. Ce que l’on voit depuis le début du quinquennat en France, c’est qu’on nous donne de grands objectifs avec certains ambitions, comme par exemple atteindre la neutralité carbone en gaz à effet de serre d’ici à 2050. Mais la question reste la même: comment fait-on dès maintenant pour mettre en place des politiques de court terme qui vont nous permettre d’atteindre des objectifs de très long terme? », interroge Lucile Dufour. Inutile de dire qu’en la matière, la dernière annonce de Nicolas Hulot sur le nucléaire n’est pas un très bon signal.

Pour autant, rien ne garantit que le discours du président français, tout comme celui de son homologue allemande, ne suffiront pour faire aboutir les discussions de façon à satisfaire les militants les plus engagés. Mais pour Lucile Dufour, il ne s’agit pas tant d’une démonstration de force que d’un exemple à donner.

« Au niveau climatique, le pouvoir n’appartient pas seulement à la France. En revanche, montrer qu’on est prêt à être exemplaire, à montrer la voie et aussi à appliquer de manière ambitieuse l’Accord de Paris, oui ça peut faire boule de neige. Et une déclaration de ce type associée à d’autres déclarations du même type permettent de faire avancer l’Accord de Paris et la machine climatique. »

Encore faut-il que les ambitions du président français soient compatibles avec la réalité, difficulté illustrée récemment avec le report du calendrier de réduction de la part du nucléaire, incompatible selon le gouvernement mais aussi certains experts avec une baisse du CO2.

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BLOG – Pour lutter contre le changement climatique, chaque Français peut agir au quotidien

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