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Un an après, le mouvement Nuit debout est toujours là

Il y a un an jour pour jour, des centaines, puis des milliers de personnes se rassemblaient sur la place de la République à Paris et dans d’autres villes de province, initialement pour s’opposer à la loi travail. Ils décidaient de ne pas rentrer chez eux, et de «rester debout» sous l’impulsion de François Ruffin, réalisateur du film Merci patron, ou de l’économiste Frédéric Lordon. Le mouvement Nuit debout voyait le jour. Sans leaders définis ni appareil organisationnel, il a agrégé pêle-mêle des militants d’Europe-Écologie Les Verts et du Front de gauche, des syndicalistes, des militants associatifs, des anarchistes, des étudiants… Avec une seule interrogation en commun: comment pourrait-on changer les choses?

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Après l’adoption par le parlement de la loi El Khomri, et avec l’arrivée des longues journées estivales, Nuit debout avait perdu de sa superbe et avait finalement fini par s’éteindre. Les militants se faisaient plus rares, et les nombreuses tentes installées en avril dernier ont laissé place à des rampes pour les skateurs sur la place de la République. Mais, à partir de ce vendredi – jusqu’à dimanche – Nuit debout va renaître pour célébrer son anniversaire. À l’image des AG qui se déroulaient jusque tard dans la nuit au printemps dernier, des prises de parole et des débats seront organisés, ainsi que des concerts et des projections de films. «Le but de cet anniversaire n’est pas de célébrer l’anniversaire, mais de se tourner vers l’avenir, de montrer que Nuit debout n’a pas servi à rien», témoigne au Figaro Laury-Anne Cholez, «Nuitdeboutiste» et journaliste à Gazette debout, une publication issue du mouvement.

«Une occasion de confronter nos idées»

Au programme ce vendredi: un atelier «Debout éducation populaire» a réuni une cinquantaine de personnes – et à peu près autant de policiers – avant qu’un débat spontané n’ait lieu autour de la question: «Est-ce qu’on fait la révolution si Marine Le Pen prend le pouvoir?».

Dans la soirée, une assemblée ouverte aura lieu sur le thème: «Nuit debout, un an après, où en sommes-nous?». S’ensuivront des débats et un concert autour d’un thème cher au mouvement: l’autogestion. D’autres événements auront lieu tout au long du week-end.

Mathilde, une étudiante de 25 ans, était présente le 31 mars 2016 place de la République. Elle y est restée près d’un mois, ne rentrant chez elle que tard dans la nuit avant d’aller suivre ses cours de sociologie à La Sorbonne. «Nuit debout était une occasion géniale pour la jeunesse de confronter nos idées. Il y avait des débats d’idées, des prises de parole. On était dans un idéal démocratique, et on avait vraiment la volonté de changer les choses», indique-t-elle au Figaro. Selon elle, si le mouvement s’est essoufflé, c’est «à cause du timing, juste avant les vacances d’été», mais aussi en raison d’un «manque de soutien populaire». Pourtant, un an après, elle sera présente place de la République ce week-end. «C’est l’occasion de retrouver des personnes avec qui on s’est attaché, avec qui on a débattu. Et même si aucun parti politique, ni candidat à la présidentielle ne cite le nom du mouvement – à la différence de Podemos en Espagne -, je veux croire que nous avons eu un impact, et que cela servira dans les années à venir à montrer que les citoyens peuvent prendre leur destin en main», poursuit-elle.

Imposer des thèmes dans le débat politique

«Les personnes qui espéraient que Nuit debout devienne quelque chose de concret étaient trop pressés», estime Laury-Anne Cholez. «On savait qu’on n’allait pas révolutionner la société en occupant les places durant deux mois», poursuit-elle, mais elle juge que cet événement «a servi de réceptacle à toutes les luttes sociales, politiques, écologiques de notre époque». Selon la journaliste, «les réseaux tissés durant ces longues soirées sont encore actifs, et les “Nuitdeboutistes” s’investissent dans d’innombrables luttes et alternatives». Et de citer des initiatives que Nuit debout a permis de faire éclore: la commission Économie politique qui a lancé un hashtag #NoCetaChallenge qui compile des vidéos de vulgarisation sur le traité de libre-échange entre l’Europe et le Canada ; la commission Debout Éducation populaire, qui n’a jamais quitté la place de la République, continue de proposer de nouvelles formes d’éducation en les articulant autour de différents ateliers ; la création du site Miroir 2017 qui met en avant des initiatives citoyennes face aux «vaines promesses des politiciens». Et bien d’autres choses encore.

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À la veille de l’élection présidentielle, l’objectif de Nuit debout sera désormais d’imposer de nouveau ses thèmes dans le débat. Mais peu sont les candidats à citer le nom du mouvement, hormis Jean-Luc Mélenchon lors de son discours place de la République le 18 mars dernier. Et Laury-Anne Cholez de s’interroger: «Benoît Hamon aurait-il proposé un revenu universel si Nuit debout n’en avait pas autant parlé? Je n’en suis pas si sûr». Mais elle juge que le mouvement, qui ne soutient aucun prétendant à l’Élysée, est difficile à récupérer pour un candidat tant «les courants politiques et les profils des militants étaient divers».

Pour Mathilde, «le combat continue» mais elle se veut lucide. «Il est trop tard pour changer les choses avant l’échéance électorale. C’est pour cela qu’il est important de se réunir et de réfléchir ensemble sur le modèle de société que l’on veut dans le futur, pour nos enfants», témoigne-t-elle, refusant de parler d’«utopie». «Une utopie serait de vouloir changer les choses immédiatement. Nous, nous souhaitons réfléchir sur l’avenir. Nous ne voulons surtout pas faire un saut dans l’inconnu».

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