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"Un matin, mon sexe ne marchait plus" : le calvaire de Gilles, traité au Propecia

« Un matin, ça ne marchait plus. J’ai senti que mon sexe ne marchait plus. C’était très brutal. » Nous sommes en mars 2010. Depuis trois mois, Gilles* (le prénom a été modifié) prend du Propecia, fabriqué par le laboratoire américain Merck & Co, pour freiner sa chute de cheveux. Le jeune homme, alors âgé de 25 ans, étudiant en chimie, soupçonne immédiatement des effets secondaires.

Il se précipite sur internet. Sur des forums, il découvre des centaines de témoignages où il se reconnaît. Après avoir pris du finastéride, la molécule active du Propecia, des hommes racontent avoir perdu leur vie sexuelle, ne peuvent plus avoir d’érection, de plaisir.

« Je me suis dit : ‘Qu’est-ce que j’ai fait putain ?' »

Il n’avalera plus aucune de ces pilules orangées octogonales, mais c’est trop tard. Aujourd’hui, six ans après l’arrêt du Propecia, il est au plus mal.

« C’est de la mutilation, j’ai l’impression qu’on m’a arraché le sexe. »

Ses douleurs sexuelles s’accompagnent de troubles mentaux.

« Cette maladie te vole ta personnalité, tout ce qui te passionne. Tu ne ressens plus l’amour. J’aurais à la limite pu faire une croix sur les femmes, mais je ne peux même pas avoir une activité intellectuelle. »

Il a du mal à se concentrer, à mémoriser, surtout à court terme. Il peine à lire. En fait, Gilles écoule souvent ses journées à regarder des vidéos sur internet. Impossible de travailler, voire de sortir de chez lui. Il angoisse. Il vit du RSA.

« Le matin, je n’ai plus envie d’ouvrir les yeux. »

Livré à lui-même

Gilles repense souvent, amer, au premier comprimé. Il en veut à son dermatologue. « Il me l’a prescrit sans mise en garde – à part une possible baisse de libido », assure le jeune homme.

Même scénario chez le pharmacien. « Je lui ai demandé clairement : ‘Est-ce que vous êtes sûr qu’il n’y pas de problème avec le Propecia ?’ Il a répondu, d’un air amusé : ‘Bien sûr que non.' » Les deux praticiens ne lui disent pas que la molécule agit sur les hormones.

« Je ne l’aurais jamais pris sinon. Avec le recul, j’ai l’impression d’être tombé dans un piège. »

Car le finastéride bloque la production de la DHT, une hormone dérivée de la testostérone, et responsable de la chute des cheveux… Mais qui influe aussi grandement sur l’activité sexuelle, la fertilité, et d’autres facteurs biologiques. Face à la trentaine de médecins qu’il a vus par la suite, Gilles est dépité. Neurologue, infectiologue, urologue…

« Ils n’écoutent rien, ils n’essayent pas de chercher au-delà de la consultation. »

Livré à lui-même, il écume les forums comme PropeciaHelp ou SolvePFS pour trouver un remède : jeûnes, régimes, immunothérapie… « Je me suis battu au-delà du possible », affirme-t-il. A une époque, Gilles avait aussi rejoint un groupe de victimes pour discuter régulièrement de la maladie.

A la fin de notre entretien dans un café parisien, Gilles aperçoit une personne au crâne très dégarni, accoudée au comptoir :

« Tu vois, aujourd’hui, je serais heureux chauve. »

Camélia Echchihab et Emre Sari

A lire, dans notre enquête

Des centaines d’hommes dans le monde rapportent un calvaire similaire à celui de Gilles. Nous en avons interrogé dix. Après avoir pris du finastéride dosé à 1 mg, ces personnes ont souffert de sévères troubles sexuels, cognitifs et physiques, persistant après l’arrêt du traitement. Ils disent souffrir d’un mal non reconnu : le « syndrome post-finastéride ». En tout, près de 128.000 Français ont été exposés à la molécule en 2016. Dans l’Hexagone, la substance entre dans la composition de 23 génériques produits par 16 laboratoires. En plus des cheveux, elle est aussi utilisée dans le traitement de l’adénome (gonflement) de la prostate, à un dosage de 5 mg.

Des avis de précaution ont été lancés par les institutions de santé de plusieurs pays, dont la France. Depuis juin 2017, la notice mentionne les risques de « dépression » et « d’idées suicidaires ». Certains médecins s’inquiètent des effets secondaires du finastéride. Mais malgré des risques encore largement inexpliqués, et malgré une efficacité purement esthétique et limitée, l’Agence européenne du médicament a stipulé en avril 2017 que le rapport bénéfice/risque du Propecia « demeure inchangé », c’est-à-dire favorable.

Aux Etats-Unis, et au Canada, près de 2.000 victimes se sont déjà réunies pour attaquer en justice le laboratoire Merck & Co, qui a commercialisé pour la première fois le Propecia en 1997.

Dans une réponse écrite à nos questions, MSD, la filiale française du laboratoire Merck & Co, déclare : « Nous prêtons la plus grande attention à la qualité et à la sécurité d’emploi de nos médicaments. Nous sommes confiants dans la rigueur des études scientifiques qui ont permis de développer [le Propecia 1 mg]. »

En France, les victimes commencent à se mobiliser pour porter plainte dès 2018. Leur avocat, Charles-Joseph Oudin, en appelle d’autres à le rejoindre. Sylviane Mathieu, dont le fils s’est suicidé à la suite des effets secondaires causés par le Propecia, vient de fonder une association : AVFIN, pour « aide aux victimes du finastéride ».

Camélia Echchihab et Emre Sari

Camélia Echchihab et Emre Sari

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