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Violences sexuelles : «On a changé d’époque», juge Sandrine Rousseau

L’ouvrage dont elle est l’auteur porte le titre «Parler». C’est aussi le nom de l’association de soutien aux femmes victimes de violences sexuelles qu’elle a fondée et pour laquelle elle lance aujourd’hui un appel aux dons, afin de la faire vivre.

«Parler», c’est la ligne de conduite de Sandrine Rousseau, ancienne secrétaire nationale adjointe d’Europe Ecologie-les Verts, qui, avec d’autres femmes, avait pris la parole en 2016, accusant l’ancien député d’EELV Denis Baupin de harcèlement et d’agression sexuels. «Parler», c’est ce qu’elle exhorte les femmes victimes à faire. Vu le retentissement de l’affaire Weinstein en France, où nombre de témoignages ont déferlé sur les réseaux sociaux, elle a manifestement été entendue.

Pourquoi les femmes victimes de violences sexuelles parlent-elles maintenant ? Pensez-vous y avoir contribué ?

Il y a un ras-le-bol. Chaque personne qui a parlé, lors de précédentes affaires, a mis sa pierre à ce qui se passe aujourd’hui. Tristane Banon, par son courage, parce qu’elle était seule à l’époque (NDLR : à dénoncer le comportement de Dominique Strauss-Kahn en 2011), a participé à cela. Nous, on a remis un coup dans la porte et puis l’affaire Weinstein est arrivée et en a remis un autre. Tout ça, successivement, a créé ce mouvement.

Que pensez-vous de ces nombreux hashtags sur les réseaux sociaux qui dénoncent ces actes ?

On est dans une prise de conscience soudaine. Or, cette prise de conscience s’est transformée en colère, matérialisée par les #BalanceTonPorc, #MeToo. Comme tout tabou qui se lève d’un coup, c’est un peu excessif. Mais ces hashtags ont quand même obligé la société à regarder en face ce qui se passait, et ça, c’est très salutaire. Toutefois, on ne peut pas s’arrêter là. Il faut transformer l’émotion en quelque chose de construit pour que la société laisse toute la place qui doit être la leur aux femmes, sans qu’elles aient à craindre ces comportements.

Ces témoignages qui déferlent ne sont-ils pas la meilleure réponse à Christine Angot qui, dans l’émission «On n’est pas couché» du 30 septembre, vous avait dit : «Une femme doit pouvoir se débrouiller toute seule» ?

Moi, je suis convaincue que si on parle seule, on parle dans le vide. Et lorsque certaines osent le faire, cela ouvre la porte à plein d’autres et protège les femmes. Pour moi, c’est «ensemble on est plus fortes», pas «débrouille-toi».

Elle vous a recontactée depuis ?

Non.

Vous avez dénoncé le comportement d’un élu. Un milieu qui semblait intouchable. Aujourd’hui, d’autres politiques, comme Pierre Joxe ou Jean Lassalle, sont accusés par des femmes…

Dans le milieu de la politique, ça a mis très longtemps à bouger, mais ça commence et, vous verrez, ce n’est qu’un début.

Est-ce la fin d’une forme de tolérance ?

Oui. On change vraiment d’époque. Dans la minorité des hommes harceleurs, agresseurs et violeurs, je pense que, la prochaine fois, qu’ils voudront mettre une main là où il ne faut pas, ils réfléchiront à deux fois. Ils savent que l’impunité a cessé. Et c’est tout ce que je voulais.

Pourtant, celui que vous avez désigné comme étant votre agresseur n’a pas été puni (la plainte a été classée sans suite).

Mais c’est l’ancien temps, ça ! Ce sera plus dur pour un procureur de classer ce genre de plainte.

Comment expliquez-vous que si peu d’hommes aient soutenu cette parole qui se libère chez les femmes ?

C’est trop tôt. #BalanceTonPorc, c’est quand même assez violent. Ils attendent que la vague passe. C’est comme dans une réunion de famille où tout explose, où l’on se met à dire des trucs qu’on n’avait jamais dit. Tout le monde est d’abord choqué, mais après, la famille peut se reconstruire sur de nouvelles bases. Il faut laisser le temps aux hommes de trouver leur place dans ce mouvement. Je crois qu’il y a une vraie volonté de leur part pour que ces comportements cessent, mais ils veulent y travailler dans un climat serein. Et c’est compréhensible.

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